Résilience et mémoire par l’écriture.
Marguerite Duras a vécu de longs mois dans l’attente du retour de Robert Antelme, son époux, déporté politique dans les camps nazis.

LE REGARD D’ISABELLE

NOTRE AVIS 4/5 BOULEVERSANT !
La Douleur (1985) de Marguerite Duras est un récit autobiographique rédigé sous la forme d’un journal intime. Au jour le jour, elle y relate son attente insoutenable du retour de son mari, Robert Antelme (Robert L. dans le texte), déporté politique dans les camps nazis. Sans nouvelle depuis des mois, elle confie par écrit la confusion des sentiments intimes qui la traversent, après avoir assisté chaque jour au retour de prisonniers à la gare d’Orsay et que Robert ne compte pas parmi eux. Elle décrit avec force de détails la torture psychologique de l’espoir, la douleur de l’espoir amoindri de son retour après le débarquement d’un nouveau train, l’évolution de leur amour après cette terrible épreuve… et l’attente d’un appel téléphonique qui lui apprendra que Robert est vivant, très affaibli mais vivant !… Sa confession est intime, grave, bouleversante.
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Vivre sans savoir est-ce vraiment vivre ?
Virginie Gaillard met en scène l’attente insupportable d’une femme confrontée à l’absence de son mari, Robert Antelme, déporté politique à Dachau. Comme tous ceux qui attendent le retour des camps d’un père, un époux, un fiancé, un fils, un ami. Comment ne pas imaginer le pire sur leur devenir avec les nouvelles publiées dans la presse ? Sont-ils vivants ? Sont-ils morts ? Sont-ils disparus ? Comment savoir dans la débâcle de l’Après-guerre ? Comment survivre sans connaître le chemin de vie de l’être aimé dans un monde en ruines ? En lançant des avis de recherches en tous sens, en espérant un appel téléphonique autant qu’appréhendé, en ajoutant un jour à un jour. Pas deux ou trois, par convenance. On ne vit pas, on survit. Et puis un jour, la délivrance par un appel téléphonique. Robert est vivant. Son épouse et des amis prennent soin de lui. 38 kg tout au plus. Typhus et dysenterie. Réapprentissage de la nourriture. De la marche. De la vie avec ses joies et ses affres.
Le texte interpelle la conscience collective
Sur le plateau, une table dont les quatre pieds sont plantés dans du sable noir (symbole des cendres des millions de victimes des nazis ou des plages du débarquement ?), un téléphone, une pile de cahiers. En fond de scène un visuel représentant la mer et la plage. La scénographie d’Alwyne de Dardel, baignée par la création lumière d’Enzo Cescatti naturelle et tamisée, est volontairement simple et épurée pour s’effacer devant l’émotion du texte. Trois comédiennes – Enora Ciapponi-Walhl, Virginie Gaillard et Éva de Jésus Flecho – révèlent toute sa grandeur, brute, intime, vraie, nécessaire, universelle. Cette présentation chorale amplifie sa force et son message comme le désirait la metteuse en scène Virginie Gaillard. On reste suspendu à l’écoute de ce texte à la fois thérapie et résiliant. La mise en scène est quasi statique, les mots suffisent pour décrire l’innommable de la barbarie nazie comme la résurrection d’un homme. Robert Antelme publiera L’Espèce Humaine puis ne parlera jamais plus des camps. La Douleur, c’est le cri d’une âme. Aujourd’hui il interpelle encore la conscience collective.◼


TITRE
La Douleur
LIEU
Théâtre du Gymnase
GENRE
Théâtre historique
HORAIRES
Mardi et mercredi à 19 h
DURÉE
1 h 15
DATE DE FIN
9 décembre 2026