Nathalie Boutefeu nous ouvre les portes du cabinet médical de Françoise Dolto
Lorsque la psychanalyste Françoise Dolto reçoit en consultation le jeune Dominique, son état mental penche vers la schizophrénie. Sa prise en charge pendant 12 séances le sauvera de la folie.

LE REGARD D’ISABELLE

NOTRE AVIS 4/5 PASSIONNANT !
La psychanalyste Françoise Dolto reçoit en consultation dans le centre médico-pédagogique de l’hôpital Trousseau un jeune adolescent, Dominique Bel. Sa mère, qui l’accompagne, le présente comme « son enfant fou », replié sur lui-même, en grande souffrance, sans élan affectif ni autonomie. Élève dans une école de pédagogie spécialisée, sa vie scolaire est tourmentée et sans progrès. Son changement de comportement ces derniers mois, concomitant avec sa puberté, a alarmé le médecin scolaire : il craint une évolution de son état mental vers la schizophrénie. Françoise Dolto accepte de le suivre pendant 12 séances. Son écoute active sauvera l’adolescent de la folie ; la parole libérée de Dominique l’extraira de son univers psychotique. Dans un carnet, la psychanalyste recueillera assidûment tous leurs échanges, illustrés de ses interprétations et ses réflexions issues de leur relation thérapeutique. Ses notes seront publiées aux éditions du Seuil sous le titre Le Cas Dominique (1971).


Être conscient de ses souffrances
pour alléger son inconscient
Dans un décor volontairement épuré réduit au mobilier habituel d’un cabinet médical, la psychanalyste prend en charge l’adolescent avec empathie. Leur dialogue évolue : après un début obscur semblant sans queue ni tête, au fil des séances, il s’éclaire, se déroule, se déploie pour mieux s’entendre et se comprendre. Il dévoile les troubles du jeune patient mais aussi le contexte familial dans lequel il évolue : un père souvent absent pour raisons professionnelles, une mère esseulée qui demande à ses enfants de partager sa couche toutes les nuits pour la réchauffer. Si sa progéniture apprécie le refuge maternel avec innocence, inconsciemment, elle sait qu’elle prend la place du père. Cela occasionne des pulsions sexuelles inavouables chez Dominique qui entraînent des désordres mentaux. La mise en mots des travers de sa famille dysfonctionnelle permettra à l’adolescent de s’échapper de ces désordres qui l’empêchaient d’apprendre et de s’émanciper de ses parents. Le public est témoin de son incroyable évolution mentale et physique. Si sa silhouette se tenait recroquevillée à la première séance, il se déplie au cours du suivi pour se tenir bien droit en fin de parcours thérapeutique. Sa parole se libère : auparavant diffuse et obscure, elle se révèle posée et réfléchie.
Être spectateur de la renaissance de Dominique
Bernadette le Saché et Lucas Bottini incarnent magnifiquement les deux protagonistes. Ils sont étonnants de justesse dans leur jeu, leur élocution et leurs silences. La fragilité des êtres dans toute sa grandeur transparait en eux. Le réalisme sur le plateau (désiré par Nathalie Boutefeu, metteuse en scène et interprète de la mère) est si bien rendu qu’on croirait le quatrième mur du cabinet médical abattu. Et l’incroyable métamorphose de Dominique se fait sous le regard médusé du public. L’écoute de l’enregistrement des échanges téléphoniques entre la psychanalyste et le père de l’adolescent (semblant indifférent à l’état de son fils) ajoute à l’intimité du lieu et à la véracité des scènes. Ici, pas de jargon médical inaccessible pour les non-initiés, le langage est d’une saisissante accessibilité. Le public est littéralement captivé par cette prise en charge (si novatrice à l’époque et encore décriée il y a peu) qui permettra à Dominique de vivre son existence sans excès de bagages dans son inconscient. Le Cas Dominique est saisissant de vérité. Instructif. Passionnant. Au point d’avoir l’incroyable envie de se plonger dans les notes de François Dolto et de conseiller à tous les parents et futurs parents de découvrir ce spectacle au Théâtre du Chariot (Paris 11e). ◼


TITRE
Le cas Dominique
LIEU
Théâtre du Chariot
GENRE
Théâtre
HORAIRES
Du jeudi au dimanche 19 h
DURÉE
1 h 15
DATE DE FIN
20 septembre 2026