Delphine Depardieu et Arthur Cachia magnifient les dialogues de Marcel Pagnol.
Le Schpountz conte l’histoire d’Irénée, jeune homme naïf à souhait. Il désire faire de son rêve – être acteur de cinéma – une réalité. La langue haute en couleur de Marcel Pagnol, tendre et généreuse, sublime ses péripéties comme ses rencontres.

LE REGARD D’ISABELLE

NOTRE AVIS 5/5 VIRTUOSITÉ !
Nombre de curieux des villages alentours se pressent pour assister au tournage d’Angèle. Parmi eux, un jeune homme se fait particulièrement remarquer de Willy, le chef opérateur, par sa tenue toujours débraillée, ses harangues redondants et son comportement fort singulier. Il le surnomme « le Schpountz », surnom repris par tout un chacun. Entre deux prises de vue, l’équipe aime le taquiner en lui faisant miroiter une grande carrière d’acteur. Des techniciens vont jusqu’à lui faire signer un contrat de comédien. Enthousiaste, le naïf s’apprête pour monter à la capitale. Assuré de remporter un succès triomphal, il voit déjà son nom caracoler en haut des affiches. On imagine sa triste déconvenue lorsqu’il comprend qu’il a été l’objet d’une farce. Cette anecdote tragi-comique a inspiré le scénario du film culte à l’auteur-réalisateur (1938). Marcel Pagnol n’y manquera pas de régler ses comptes avec le milieu du cinéma : passer du théâtre au cinéma n’était pas du meilleur aloi aux débuts du cinéma parlant. L’inoubliable Fernandel était l’interprète du rôle-titre.


Une comédie humaine satirique
Arthur Cachia (après son bel hommage à Marcel Pagnol avec Naïs), accompagné de Delphine Depardieu à la mise en scène, propose une adaptation moderne de cette comédie satirique rarement montée au théâtre. Habillé du chant des cigales, de toiles de fond de scène peintes à la manière de Cézanne, de mobilier provençal et de la musique originale de Polérik Rouvière inspirée des années 1940, le spectacle met en valeur les dialogues ciselés – à l’accent de Marseille jamais insistant –, et l’ironie mordante de l’auteur. Le ton est juste, réjouissant, voire jubilatoire, souvent tendre, parfois acerbe telle cette réplique « Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout ! » Axel Blind (hilarant), Arthur Cachia (irrésistible et bouleversant), Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli (magnifique) et Jean-Benoît Souilh interprètent à eux seuls 13 personnages hauts en couleur. Le rythme donné par les changements à vue des décors et des costumes est fluide, et le jeu assuré des comédiens ne sombre jamais dans la caricature provençale.
Le Schpountz, une déclaration d’amour au monde des acteurs
La pièce fait voyager l’imaginaire du public dans le petit monde de Pagnol. Chaque scène le fait rire de bon cœur (la lecture du contrat est inénarrable) conformément au dessein de son auteur : « Quand on fait rire sur la scène ou sur l’écran, on ne s’abaisse pas, bien au contraire. (…) Le rire n’est pas une espèce de convulsion absurde et vulgaire mais une chose humaine que Dieu a peut-être donnée aux hommes pour les consoler d’êtres intelligents. »
Le Schpountz touche droit au cœur du spectateur par son extrême simplicité dont tous les éléments vont à l’essentiel afin de révéler la générosité et la tendresse du texte intemporel de Marcel Pagnol qui parle de rêve et d’ambition artistique. La mise en scène de Delphine Depardieu et Arthur Cachia le sublime, le jeu des comédiens l’enchante. L’émotion des spectateurs est palpable dans la salle pendant toute la représentation. Au salut, applaudissements et rappels en nombre. Un spectacle d’une magnifique virtuosité. ◼


TITRE
Le Schpountz
LIEU
Le Lucernaire
GENRE
Théâtre
HORAIRES
Du mercredi au samedi à 19 h, dimanche à 16 h
DURÉE
1 h 20
DATE DE FIN
10 janvier 2027