FESTIVAL VILLENEUVE EN SCENE 2026 – AU COIN DE MA RUE

♥♥♥♥ Au coin de ma rue, un seul et même jeu d’acteur pour 30 histoires de vie imaginaire de 4 minutes chacune : un personnage traverse l’espace public en accomplissant une suite d’actions simples, toujours identiques. Il marche, il s’arrête, il regarde, il repart. Face à lui, sur un gradin, 30 spectateurs équipés de casques écoutent 30 histoires différentes qui s’accordent chacune avec les déplacements du personnage. Une spectatrice rit, son voisin est ému, un troisième est replongé au cœur de ses premières amours, un autre se lève… « Sans le casque, il ne se passe rien de particulier. Avec le casque, tout devient récit. »

À la fin de chaque histoire, les spectateurs sont invités à changer de place pour écouter une nouvelle histoire (une forme de jeu des chaises musicales), ils peuvent choisir d’en écouter autant qu’ils veulent. À chaque casque correspond un récit, différent de ses voisins, dans lequel se développe un univers sensible ou surréaliste, profond ou léger. Au coin de ma rue est un exercice de style à la manière des Exercices de style de Raymond Queneau ou La Vie, mode d’emploi de Pérec, une plongée dans le romanesque de l’intime et du commun extra-ordinaire, écrit à quatre mains par Nicolas Turon et Vincent Zabus.

Un gradin, trente casques, trente spectateurs (et des pliants pour les retardataires). Des passants traversent parfois le bout de scène improvisée sur un coin de rue ou le bord d’un trottoir. Un banc. Une bicyclette bleue. Une porte avec digicode. Un sac en plastique blanc. Une paire de tennis disparate (clin d’œil à l’humour décalé de l’humour belge ?). Ces éléments font partie du décor. S’ils apparaissent à première vue hétéroclites, les spectateurs vont retrouver leurs liens au fil de l’écoute des histoires qu’ils picoreront, casque sur les oreilles, d’un siège à l’autre. Comme si chacun d’eux jouait à imaginer la vie de celui qui passe de son balcon, assis à une terrasse de café, debout dans la file du supermarché…

De même pour la sobriété du jeu de Vincent Zabus. Rien d’original dans ses gestes, ses attitudes, ses regards et pourtant tous ont leur raison d’être… On le découvrira point par point au fil des histoires racontées. Quelques mots ou notes de musique et on plonge instantanément dans l’intimité d’un quelqu’un ou d’une quelqu’une, d’un objet, d’un consommable. Pour nous, le hasard a désigné ces 12 récits : la solitude d’une jeune femme face à un répondeur téléphonique ; le vélo de Ginette abandonné qui se souvient de ses exploits et de ses idoles du cyclisme ; un vampire œnologue en hémoglobine ; la mère-grand aigrie du conte du Petit Chaperon rouge ; le blues d’une cigarette impatiente d’être consommée ; le dépeceur de Mons expliquant son grand art sanglant ; l’enfer c’est soi sans les autres, c’est soi jusqu’à la folie ; le soliloque critique d’une vieille aigrie de sa fenêtre sur fond de radio grésillant ; le guide du musée de la rue qui nous enseigne que “La banalité n’existe pas, elle n’est qu’une fatigue du regard” ; point sur notre assurance d’un avenir enclin à l’autosolisme… et pour final ; une surprise commune à tous ! Un texte bouleversant plein d’émotion. Parmi ces 12 histoires, quelques unes sont de véritables petits chefs d’œuvres dramaturgiques qui mériteraient d’être reprises et augmentées.

Au fur et à mesure des récits, loin de nous lasser, contrairement à ce qu’on pourrait craindre au prime abord d’un jeu identique répété 12 fois pour chaque représentation, le spectateur s’amuse à repérer le lien entre le texte et le jeu pour chacun d’eux. Leur puissance évocatrice nous surprend par l’imaginaire des auteurs, l’originalité de la forme comme du fond, l’intelligence et les références documentaires des propos. Aussi, la sobriété du jeu et la répétition de la mise en scène sont les bienvenues, elles nous font mieux apprécier l’écriture ciselée des histoires sans lien entre elles.  

Si l’accueil par la Compagnie des Bonimenteurs est décontracté et chaleureux, son professionnalisme est assurément au coin de la rue. Simplicité des premiers échanges. D’emblée chacun est appelé par son prénom (chapeau pour leur mémorisation, une trentaine à laquelle s’ajoutent la vingtaine de prénoms des spectateurs qui se sont ajoutés au fil de la représentation). Les déplacements vers un autre coussin pour découvrir un nouveau récit, invitent au lien social, à l’échange de ressenti… Grincheux et stressés s’abstenir.

Chaque récit Au coin de ma rue nous touche par ce qu’il a d’essentiel dans la vie quotidienne d’aujourd’hui, à la fois universelle et intemporelle – les (més)aventures, les rencontres, les actes, les réflexions philosophiques/existentielles… – avec un regard tendre mais surréaliste, original et plein de bonhommie. Une belle performance théâtrale de la Compagnie des Bonimenteurs à découvrir Au coin de ma rue.

Le regard d’Isabelle

AU COIN DE MA RUE

Agenda 2026

  • 30 et 31 mai – Festival Onze Bouge – 5 rue Général Blaise Paris 11e
  • 5 juin – St-Avold (F)         
  • 6 et 7 juin – Nanterre (F) – Festival des Parades
  • 13 et 14 juin – Epinal (F) – Festival Arts de Rue
  • 20 juin – Flavigny-sur-Moselle (F) – La Filoche de Chaligny
  • 28 juin – Uccle – Festival Esprit de Famille (La Roseraie)
  • 4 et 5 juillet – Mons – Festival Au Carré
  • 9 au 21 juillet 2026 à 18h – relâche les 14, 15 juillet Festival Villeneuve en Scène – Place Jean Jaurès
  • 26 juillet – Braine-le-Comte – Festival Du Coq à l’Âne
  • 8 août – Rouillac (F) – Soirées Sarabandes (par La Palène)
  • 14 ou 15 août – Spa – Royal Festival de Spa
  • 22 et 23 août – Saint-Yan (F) – Festival Saint-Yan Scintillant (Saône et Loire)
  • (28 et ?) 29 août – Questembert (Bretagne F) – Inopiné Festival
  • 5 et 6 septembre – Dour (B) – Festival Le Leû
  • 12 et 13 septembre – Huningue (près de Bâle F) – Festival Rues et Vous
  • 19 septembre – Thionville (F) – Marché du NEST…

Durée :  1h15

Tout public. Accessible aux handicapés physiques et déficients visuels.

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