LES P’TITES CASES – STUDIO HÉBERTOT 

♥♥♥ Szaludowski, modeste employé malentendant et néanmoins au caractère bien trempé, vient chercher, à la demande de son patron, une attestation de reconnaissance de travailleur handicapé auprès d’un organisme social. Les P’tites Cases, inspirée d’une histoire (presque) vraie et une chute inattendue autant pour les comédiens que pour le public.

Tour à tour pris au piège d’une dématérialisation du parcours bureaucratique qui lui est imposé, puis à un questionnaire préétabli dont l’utilité lui échappe, Szaludowski va devoir s’accrocher à son simple bon sens pour résister à la cruauté sous-jacente des jargons et incongruités de ses deux interlocuteurs – un psychiatre et son assistant – dont les propos comme le comportement invitent autant à sourire qu’à réfléchir. Dans ce spectacle où règnent magistralement l’absurde et le burlesque – la surdité est une pratique répandue chez les non-sourds qui ne veulent pas entendre ce qui les dérange –, la petitesse humaine est mise en exergue par une prompte mise en scène de Jean-Claude Cotillard dans le cadre d’un décor franchement minimaliste.

Les P’tites Cases sent le vécu à pleines oreilles, cela en dit long autant sur nos administrations que sur nos congénères. « Ma longue histoire de sourd, homme, éducateur, enseignant, militant et artiste s’est principalement construite sur l’inaptitude chronique du plus grand nombre à communiquer, autrement dit être en empathie avec autrui. Le théâtre de l’absurde auquel je m’essaie ici est donc né de l’obstination de mes différents interlocuteurs à me vouloir soit leur semblable soit leur contraire, et dans les deux cas, me faire le miroir dans lequel ils se rassurent sur ce qu’ils pensent d’eux-mêmes. En ce sens, Les P’tites Cases se veut le récit à peine retouché d’histoires vécues, avec leur cortège de petitesses et d’aberrations où la surdité du cœur le dispute à la cécité de l’âme. » (Joël Chalude, auteur).

Voilà une thématique originale – la place du handicap auditif dans la société – qui, présentée sur un plateau, permet à chacun de jauger de l’absurdité de nombreuses procédures labyrinthiques de l’administration. Les trois comédiens – Elliot Jenicot, Joël Chalude et Benoît Cassard (sans oublier la voix de Christine Murillo) –sont excellents, mettant l’absurde et l’humour sur un haut piédestal. Coup de chapeau à Joël Chalude (de son vrai nom de famille Szaludowski), malentendant de naissance, affichant sur scène une présence criante de vérité et pour l’écriture de son texte à l’humour grinçant où se culbutent quiproquos et malentendus. Difficile de ne pas penser à Eugène Ionesco, Samuel Beckett ou Georges Courteline et son très fameux Messieurs les ronds-de-cuir. Les situations sont tellement riches de véracité.  

Si l’intrigue tourne rapidement en rond, l’accumulation des clichés et des poncifs par le psychiatre et son assistant invitent autant à sourire (ou à rire) qu’à la réflexion sur les méandres de notre administration comme sur notre propre comportement quand on n’a envie ni d’entendre ni de répondre à notre interlocuteur. Ce spectacle coche (presque) toutes Les P’tites Cases.

Le regard d’Isabelle

LES P’TITES CASES

Studio Hébertot. 78 Bis, boulevard des Batignolles. 75017 Paris
Du 19 février au 12 avril 2026. Relâches les 8 mars et 11 avril 2026.
Séances surtitrées les dimanches et des rangées réservées pour le public malentendant pour une lecture plus aisée.
Durée : 1 h 15

© Sophie Recompsat-Monnier 

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