BIGRE – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥♥ Créé en 2014, Bigre, l’énorme succès de Pierre Guillois, récompensé d’un Molière 2017 de la meilleure comédie, est de retour sur la scène parisienne. Derrière le titre un tantinet abscons, se cache une comédie muette contemporaine qui ressuscite l’art du gag visuel avec une énergie et une précision jubilatoires. Trois voisins se partagent un même palier : un romantique tech, une blonde pulpeuse maladroite, un bricoleur maniaque et crasseux. Et à partir de là, tout dérape : fuites d’eau, incendies, disputes, quiproquos, amours ratées… un véritable chaos organisé. Il y a des spectacles qui vous cueillent sans prévenir. Et Bigre fait partie de ceux-là.

Bigre, c’est d’abord un décor. Trois appartements minuscules, empilés les uns sur les autres dans un décor ingénieusement biscornu, qui deviennent le théâtre d’une succession d’accidents domestiques, de malentendus et de catastrophes absurdes. La mise en scène de Pierre Guillois relève de l’orfèvrerie comique. Chaque geste, chaque bruit, chaque chute est calculée au millimètres et à la seconde près, et pourtant l’ensemble garde une fraîcheur totale. Le spectacle puise dans la tradition du cinéma muet – de Chaplin à Tati – tout en y injectant une folie contemporaine et un goût du grotesque qui rappellent parfois les cartoons. Le burlesque devient le langage commun et universel, où le rire naît autant du détail que du désastre.

Derrière l’avalanche de gags, Bigre touche aussi par sa tendresse. Car sous la poussière, les chutes et les cris, il y a de la douceur, de la solitude et de l’amour maladroit ; trois magnifiques paumés, incapables de communiquer autrement que par la gaucherie. Ils finissent par composer une fragile communauté en quête de liens et d’affection, presque une famille. Sous la farce, il y a une humanité douce-amère : celle de nos ratés, de nos désirs, de nos colères. Et à la manœuvre, nos trois comédiens excellent : Pierre Guillois, Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan, nous touchent droit au cœur par leur sens du mime, du timing et leur éloquence corporelle. En refusant le verbe, Bigre retrouve l’essence même du théâtre : le corps, le rythme, la présence. Et si vous souhaitez rester dans l’univers de Pierre Guillois, il vous faudra aller applaudir son autre création Les Gros patinent bien qui est un (autre) petit bijou du genre !

Signé Elisabeth

BIGRE

Du 5 novembre 2025 au 4 janvier 2026
Du mercredi au samedi à 21 h, le dimanche à 16 h
Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris
Durée : 1 h 25

Crédits photo : Fabienne Rappeneau

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