
♥♥♥♥ Dans la nuit du 25 septembre 1659, en plein océan Pacifique au large des côtes du Chili, la tempête fait rage. Un navire est en perdition. Un jeune marin du nom de Robinson voit sa dernière heure arriver… Seul survivant, il échoue sur une île déserte. Il lutte pour survivre. Il résiste à la solitude, à la folie, il s’adapte jusqu’au jour où il découvre une empreinte humaine le long du rivage…
Inspiré du chef-d’œuvre de Daniel Defoe, Erwan Creignou a toujours été passionné par les récits de survie. « J’avais le souvenir joyeux de ma lecture, enfant, de Robinson… Je me suis replongé dedans et très vite, cela s’est avéré difficile… Difficile de lire, d’avancer dans le récit, d’observer tout ce qui m’avait échappé lors de ma jeune lecture. L’arrogance du Robinson blanc face au monde, sa volonté de faire de Vendredi un serviteur docile, ignorant et apeuré. Son besoin de dominer les peuples, les éléments et de le justifier par la volonté de son Dieu tout puissant. Tout cela et d’autres choses, sa quête de l’or, d’esclaves, de la richesse à tout prix… Mon héros était défiguré… Mal figuré… Il m’était impossible de relayer ce récit. J’ai lu alors les romans, les enquêtes, j’ai vu tous les films, les fictions, les documentaires sur Robinson… »
Pour écrire son adaptation et ré-interroger la relation de Robinson avec Vendredi, Erwan Creignou a emprunté à Daniel Defoe, Michel Tournier, Patrick Chamoiseau, Jules Verne et bien d’autres écrivains sans oublier ses rêves d’enfants avec ses aventuriers corsaires et ses cabanes du bout du monde.
Sur le plateau, l’île Esperanza. Erwan Creignou monte les décors à vue au fur et à mesure du récit. Des guindes, des poulies, des toiles pour la mer, des filets recouverts de plantes pour la forêt… La mise en scène est sobre. Le décor est réaliste. L’habillage sonore d’Adrien Hollocou est immersif. Le père du naufragé (Thierry Bosc) nous semble présent alors qu’on entend que sa voix en off. Un petit bémol : la scène un peu longue où Robinson tient des propos sur l’écologie, le capitalisme, l’exploitation des richesses et des hommes nous ramène à notre triste réalité.
Quant à Erwan Creignou, seul en scène, il excelle, non, il est prodigieux, dans l’interprétation des deux personnages, Robinson et Will. Dès les premiers instants, on est avec Robinson dans son bateau en pleine tempête. Avec lui, on souque, on affale les voiles, on s’effraye… Puis c’est le naufrage, on se noie avec Robinson, on reprend son souffle avec lui sur le rivage, surpris d’être vivants (nous aussi !). Sur l’île, on est toujours avec lui : il hurle, il suffoque, il rit, il boit de la gnole, il tue un bouc, il organise sa survie, il se bat avec Will-Vendredi… Son expression corporelle est admirable, juste, remarquable. Son jeu est généreux. Le plus merveilleux des cadeaux qu’un comédien peut faire à son public.
Plus que le récit d’un naufrage, Robinson est une aventure humaine, une histoire de solitude et de survie, le récit d’une rencontre et d’une transmission entre deux hommes au cœur de l’océan Pacifique qui nous est conté avec maestria. Un grand merci à Erwan Creignou que nous avons applaudi il y a peu dans Mission Florimont.
Le regard d’Isabelle
Le Lucernaire – 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
À partir du 27 août 2025, du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15 h 30
Durée : 1 h 10
À partir de 9 ans.
Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 26 septembre 2025 à l’issue de la représentation.

