MAMIE LUGER – THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥ 6 heures du matin : Berthe, 102 ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. 8 heures : le capitaine de police Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger vide son sac, le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de Veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors… Aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la mamie, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

Il y a quelques années, Benoît Philippon, auteur du roman noir Mamie Luger, a reçu une émouvante lettre. En résumé, elle disait : « Je m’appelle Josiane Carle, j’ai 85 ans, j’ai lu Mamie Luger, et j’adorerais jouer Berthe sur les planches. » « J’ai rencontré Josiane, sa personnalité, son bagout, son énergie à coups de pelle dans la tronche, et je lui ai dit oui tout de suite. La première fois que j’ai assisté à cette très belle adaptation, riche de la mise en scène d’Antoine Herbez, les larmes me sont montées aux yeux. L’impression de voir Berthe en chair et en os (et en Luger). Josiane en s’appropriant les mots de Berthe, m’a fait le plus beau des cadeaux : elle lui a donné vie. Et pour l’auteur que je suis, homme de surcroît, elle a apporté la validation des mots et du combat de Berthe. » Féministe de la première heure, combattante pour sa survie, Berthe s’est opposée tout au long de son existence aux violences faites aux femmes comme au patriarcat ancestral banalisé.

Une vieille femme en garde à vue. Un capitaine de police mène l’interrogatoire. Des meurtres en série. Des aveux déconcertants. Des répliques désopilantes. Le jeu est souvent percutant, parfois hésitant. À partir du quatrième cadavre dépecé, on commence à espérer un rebondissement, une cassure de rythme, même si le tout est truffé d’un humour noir franchement cocasse. Mais non, on aura droit aux détails de trois nouveaux assassinats.  

Mamie Luger est néanmoins un spectacle au franc-parler détonnant. Au fil de ce troublant témoignage, le public témoigne de l’empathie autant pour cette tueuse en série sans pareille que pour ce capitaine quelque peu dépassé par son incroyable confession.

Le regard d’Isabelle

Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard – Paris 4e
Jusqu’au 1er novembre 2025 les vendredis et samedis à 19 h
Durée : 1 h 15

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