
♥♥ Des centaines de milliers d’enfants rescapés du génocide arménien sont recueillis par des organisations internationales, des missions locales ou de simples particuliers en Syrie, au Liban et au sein de l’ex-Empire ottoman devenu Turquie en 1923. À Istanbul, Mihran Karagheusian, riche Arménien des États-Unis, en hommage à son jeune fils Howard précocement disparu, ouvre un orphelinat pour accueillir quelques-uns de ces enfants. Rapidement contraints par les événements politiques au déracinement, enfants et personnels de l’institution traverseront l’Europe pour s’installer dans le Loir-et-Cher, terre lointaine et inconnue.
Par l’écriture de ce seul en scène, Xavier Kutalian interpréte des personnages de cette épopée, souhaite faire connaître l’émouvante histoire de ces jeunes rescapés dont il est un des descendants. Son propos est principalement alimenté par les mémoires du fils de son premier directeur, qui avait pour seul objectif la recherche du bien-être de ses petits protégés.
Entre narration et conférence théâtralisée, l’Arche et le Château croise les faits historiques liés à la création du foyer, l’exode des enfants et de leurs encadrants vers la France et la confrontation à la dure réalité de l’orphelinat au fil des années.
Si la mise en scène de Xavier Lemaire n’interpelle pas par son originalité, le texte s’attache strictement aux faits et aux questions logistiques (chauffage, travaux, éloignement géographique… et finances). Quid de la voix et des jeux des enfants, des bruits du réfectoire, de la chaleur des flammes des incendies détruisant le château ? La parole sera donnée au fondateur, au docteur-directeur (et à son fils qui lui succédera). Sous silence les états d’âme des enfants (sinon à l’un d’entre eux écartelé par l’idée de quitter définitivement Istanbul et la crainte de son avenir dans un pays inconnu), du cuisinier et de son commis comme de la lingère.
L’Arche et le Château manque cruellement des truculences de la vie quotidienne. On attendait des anecdotes sur l’histoire des enfants, leurs sentiments sur la traversée en bateau de la Méditerranée et en train de la moitié de la France, leurs difficultés d’apprentissage de la langue française comme des us et coutumes de leur terre d’accueil, leurs angoisses et leurs joies de leur vie au foyer, leurs relations avec les petits Français. Silence absolu sur le ressenti des principaux intéressés : les orphelins. L’Arche et le Château raconte un orphelinat… fantôme.
Le regard d’Isabelle
BUFFON (LE) / LUNA THÉÂTRES du 5 au 26 juillet 2025 à 14h50
Durée 1 h 15





Crédit photos Gaspard Levchin