
♥♥♥♥Sur scène, un homme nous surplombe, dans une atmosphère mystérieuse, presque surnaturelle, nimbée de brume. Solitude. Soudain, l’homme chute et disparaît. Surgit une étrange structure métallique qui ressemble à une cage, derrière laquelle apparaissent des ombres chinoises. Emprisonnement. Puis, la structure pivote sur elle-même, créant de nouveaux espaces de possibles. Nous voici cette fois plongés dans un monde urbain, enveloppé de lumières rasantes, où des silhouettes masculines, en manteau de ville ou en streetwear, se dressent devant nous, étrangement figés. Incommunicabilité. Une jeune femme, légère et rieuse, court de l’une à l’autre et s’amuse à les faire tomber, telles des quilles dans un jeu. Les hommes s’animent peu à peu, des interactions se créent entre eux, rompant leur solitude.
Face à eux, un vertigineux mur en plexiglas sur lequel ils vont s’élancer grâce à deux trampolines situés de part et d’autre. Ce mur, qui paraît infranchissable, ils vont pourtant l’affronter, l’arpenter seuls, en duo ou en groupe, essayant de le dépasser sans relâche. La musique rock envoûtante de Matthieu Tomi scande ce ballet incessant. Est-ce eux-mêmes ou les autres qu’ils défient ? Peu importe, la scénographie laisse libre cours à l’imaginaire. Les six artistes – une femme et cinq hommes – sont époustouflants de virtuosité, gracieux et légers comme des danseurs, leurs sauts d’une précision millimétrée. Les trampolines deviennent un espace de jeu où ils se croisent, se défient et rebondissent dans un chassé-croisé hallucinant.
Au-delà de la performance technique, incroyable, le spectacle de Damien Droin et de sa compagnie Hors Surface nous transporte dans un monde onirique et éminemment poétique, grâce à des effets de lumière et de fumée qui viennent sculpter chaque séquence. Cache-cache dans la brume, danse acrobatique au sommet de la paroi de verre avant de se jeter dans le vide pour mieux remonter ou jeu de miroirs confondant avec leur double, les interprètes sont fascinants de beauté et de sérénité. Même si son spectacle reflète un univers sombre où des murs se dressent entre les individus et les nations, il laisse la porte ouverte à l’espoir et à la capacité de résilience de chacun. Faire corps avec les autres, garder la tête dans les nuages, rebondir avec joie, n’est-ce pas ce que nous avons de mieux à faire plutôt que nous diviser ?
Le billet de Véronique
FACE AUX MURS
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg – Paris 10e
Jusqu’au 30 mars 2025
Du mardi au samedi à 19 h, le dimanche à 15 h
Durée : 1 heure
Tournée :
La Scala Provence, du 5 au 27 juillet 2025
Crédits photo : Camille Laverde

