« Je me sens traversé par une force nouvelle, un plaisir d’exister qui donne envie de chanter. »

♥♥♥ Doux rêveur, imbécile heureux ou illuminé ? On est en droit de s’interroger face au personnage de Solaro. Présent au monde dans tous les cas, c’est l’exemple même de l’individu qui sait jouir de tous les plaisirs, du plus modeste au plus intense. Tout simplement vivant. Son optimisme (ou serait-ce ce sentiment qu’on appelle la joie ?) le conduit à traverser les épreuves de la vie sans que celles-ci ne l’atteignent profondément. Que ce soit de la chambre d’hôpital où sa mère se meurt d’un cancer ou à travers les barreaux d’une prison, il arrive toujours à capter un morceau de ciel bleu ou un éclat de lumière qui le rendent heureux. Même au tribunal où il est jugé pour un crime, il accepte sa sentence (l’emprisonnement) avec son stoïcisme habituel. Car Solaro a un don : se réjouir de la beauté de la vie même dans les pires circonstances.
À la manière d’un thriller métaphysique (on pense forcément à L’Étranger, de Camus, en plus lumineux), traversé d’éclairs de poésie, le roman de Charles Pépin (connu surtout pour ses essais de philosophie, notamment La Confiance en soi ou Vivre avec son passé), nous emmène là où l’on ne s’attend pas, sur des chemins de traverse où tout est découverte, tout nous interroge. Comme son anti-héros, on tend l’oreille au bruissement d’ailes des oies sauvages, on contemple le défilé des nuages, on ressent la douce sensualité des corps qui s’attirent. On est en parfait accord avec le monde qui nous entoure.
Dans un décor minimaliste réduit à deux panneaux blancs, ouverts comme un livre, sur lesquels viennent se refléter des ombres délicates, Oliver Ruidavet donne corps au beau texte de Pépin, au propre comme au figuré. Lorsqu’après de longues minutes d’attente, replié sur lui-même, il commence à s’animer, se métamorphoser, il est méconnaissable. Comme mû par une force invisible, qui le dépasse : « cette chose qui monte dans le ventre et même dans la gorge, et qui parfois surgit quand je ne m’y attends pas. Je crois que c’est de la joie. »
L’air de rien, à travers Solaro, le philosophe nous donne une jolie leçon de vie. Que l’on soit optimiste comme lui ou pas, son personnage nous incite, à défaut de trouver le bonheur, à faire l’expérience de la joie.
Le billet de Véronique
LA JOIE
Théâtre La Reine blanche
2 bis, passage Ruelle
75018 Paris
Du 24 septembre au 12 octobre
Mardi et jeudi à 21 h
Samedi à 20 h
Crédits photo : Louis Barsiat


