
♥♥♥ Juillet 1962. La guerre d’Algérie est terminée. Dans une petite gare française, les passagers se bousculent sur le quai. Le sergent Romain Mira rentre en France, tout comme Rachel Dukan et Souâd Belkacem. L’attente se fait pesante et les galères s’enchaînent. Les trains passent, et les passagers demeurent bloqués à quai. Ils vont alors se rencontrer, se retrouver, partager leurs souvenirs, réaliser les liens qui les rattachent. Le doute apparaît, ne laissant alors qu’une seule certitude : le voyage va être long. Très long.
Le Quai, première pièce de théâtre de la Compagnie du Déserteur, plonge le public au sein des suites de la Guerre d’Algérie, un conflit chaotique qui marquera à jamais le destin d’hommes et de femmes par la culpabilité de leurs actes et leurs inévitables conséquences sur eux, leurs proches et tous ceux qui les ont côtoyé de loin ou de près.
« Le Quai traite d’une possible vie après la mort, plus exactement de l’attente entre la mort et l’après. Cet intervalle, nous l’appelons le purgatoire, nous précise Célia Kourt, à la mise en scène. Dans le contexte de la guerre d’Algérie, les personnages se retrouvent face à eux-mêmes, leurs démons, leurs vices et leurs histoires, et essaient de sortir de cet endroit lugubre. […] Chaque personnage possède une destinée bien différente, c’est pourquoi la mise en scène veille à les représenter de manière très précise, en s’appuyant sur leur passé et leur psychologie pour ainsi mettre en exergue la complexité de l’être humain. Tout au long de la pièce, le spectateur pourra alors imaginer leur destin et se questionner sur le jugement dernier de chacun d’eux. Mon but est de bousculer le public, et de l’amener à se poser des questions sur la vie, la mort, le jugement et le repentir. »
Le texte de Paul Duvaux et Simon Guillemot tient en haleine le public d’un bout à l’autre et le fait réfléchir sur la culpabilité des choix de vie et la fragilité de l’humanité. La mise en scène de Célia Kourt est forte, efficace, percutante. Le jeu des comédien-ne-s – Arthur Barral, Gauthier Germain, Paul Duvaux, Marie Iasci, Sara Syr, Valentin Guilbot et Simon Guillemot – est touchant, bouleversant. Chaque personnage dévoile son regard sur cette guerre sanglante qui a duré plus de huit années. S’entremêlent regrets et souffrances, rencontres et jugements. À chacun sa vérité, son point de vue. Le tout vous embarque dans l’Histoire et les inévitables conséquences de tout conflit armé, qu’il soit hier ou aujourd’hui. Et les cinq dernières minutes nous dévoilent enfin que dans les trains au départ de cette gare embarquent des personnes décédées pour un ailleurs. Paradis, Enfer ou Purgatoire ?
Le regard d’Isabelle
Manufacture des Abbesses
7, rue Véron – 75018 Paris
Jusqu’au 14 janvier 2024
Durée : 1 h


