Poésie climatique
Créée au Festival d’Avignon en 2022, Anima transforme
la cour de la Monnaie de Paris en un monde brûlant, puis glaçant.

LE BILLET DE VéRONIQUE

NOTRE AVIS 4/5
« À l’anima appartient la rêverie qui vit le présent des heureuses images », écrit Gaston Bachelard dans La Poétique de la rêverie. C’est à cette rêverie-là que nous convient Maëlle Poésy, metteuse en scène, et Noémie Goudal, artiste plasticienne et photographe, dans le cadre de Paris l’Été. Une rêverie poétique, certes, mais ô combien lucide sur les effets du dérèglement climatique sur notre planète. Une performance qui conjugue les images de Noémie Goudal, la musique de Chloé Thévenin et les acrobaties de Mathilde Van Volsem, pour nous entraîner dans un voyage fascinant et hypnotique, aux frontières de la fiction et du réel. Ceux qui s’attendent à un spectacle contemplatif risquent d’être surpris par la proximité troublante avec l’actualité de ce qui se déroule sous nos yeux.


La nature tel un décor
À notre arrivée, nous sommes accueillis par un dispositif vidéo sous forme d’un triptyque : un décor luxuriant de palmiers dont semble émaner un souffle serein. Nous suivons les allées et venues de techniciennes et techniciens qui viennent coller des morceaux de papier peint par-dessus ces images, geste anodin mais qui en dit long : comme si la nature n’était plus qu’un décor que l’on recouvre, que l’on efface. Ce que l’on croyait immuable va se transformer sous nos yeux, avec une logique implacable.
Le feu, d’abord. Modeste flamme qui enfle peu à peu pour devenir gigantesque, jusqu’à finir par dévorer toute la forêt, évoquant des événements aussi récents que tragiques. Puis un désert surgit, aride et inhospitalier. Enfin, l’eau (réelle) se met à couler, traversant les images comme dans un tableau, et l’érosion gagne les roches, les fissure, faisant s’écrouler des pans entiers de montagne. Trois phases du changement climatique, trois stades d’un même effacement de la nature.
Vertige face au vide
Au cœur de ce chaos visuel émerge une présence humaine : Mathilde Van Volsem, suspendue dans le vide, se déplaçant le long de barres métalliques à la seule force de ses bras. Son corps effectue un lent mouvement de balancier — fragile, têtu, presque absurde. Comment ne pas s’identifier à ce corps humain qui résiste, perdu au milieu de l’immensité ?
Anima ne délivre pas de message : elle laisse s’installer, lentement, le vertige. Celui de comprendre que la rêverie de Bachelard appartient peut-être déjà au passé — et que ce présent-là, brûlant, nous appartient. ◼


TITRE
Anima
LIEU
Monnaie de Paris
GENRE
Performance
HORAIRES
Jeudi 16, vendredi 17
et samedi 18 juillet à 22 h
DURÉE
1 h
DATE DE FIN
Jusqu’au 18 juillet 2026