FESTIVAL OFF AVIGNON 2026 – DOLEANCES (LA FABLE DE L’ECOUTE) – THEATRE DU TRAIN BLEU

♥♥♥♥(♥) En 2019, avec le mouvement des Gilets jaunes et suite au lancement du Grand Débat par Emmanuel Macron, des mairies dans toute la France ont ouvert des cahiers de doléances, inspirés par l’exemple historique des États Généraux lors de la Révolution Française. Depuis les doléances révolutionnaires, il n’y avait pas eu d’exercice de démocratie directe générant une aussi large participation : 200 000 contributions sont écrites à la main dans 19 899 cahiers, répartis dans environ 16 500 mairies, auxquelles s’ajoutent 2 000 000 de contributions en ligne. Leur objectif : analyser et faire remonter au gouvernement les revendications, les idées et les critiques des participants à ce mouvement populaire.

Sept ans après les Gilets jaunes, ces contributions sont toujours enterrées dans les archives départementales des 101 départements français. Alors que les taux d’abstention s’envolent à chaque élection et que les Français s’éloignent inexorablement de la politique, comment ces textes, éminemment politiques, ont-ils pu être occultés du débat public ?

La Compagnie Artépo, dans le cadre de sa résidence de territoire sur la métropole d’Amiens, se plonge dans les cahiers de la Somme. Touchée et interpelée par ces témoignages d’existences à la fois communes et très singulières, elle en fait un spectacle pour qu’ils soient entendus dans l’enceinte des théâtres à défaut des ors de la République. 

Doléances est à la fois une chronique politico-historique, feuilleton de notre errance démocratique, et un bréviaire de paroles d’aujourd’hui, brûlantes et nécessaires. Nedjma Berchiche, Emmanuelle Ramu et Marc Lamigeon donnent chair à ces morceaux d’écriture déposés en mairies. En fond de plateau, une vidéo met en perspective des images d’archives tout en donnant à voir la matérialité élémentaire de ces écritures à l’encre noire sur de grands cahiers à spirales.

La parole de nos concitoyens (Et avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Président, cela s’écrit en un seul mot…), celles d’hommes et de femmes, de toute catégorie professionnelle et sociale, de tout âge, s’incarne à la fois vivante et sensible, désabusée et irrévérencieuse, exaltée et plaisante. Elle fait entendre les souffrances et les difficultés du quotidien de l’existence par des appels au secours déchirants, des réflexions originales sur les réformes à mener, des élucubrations réjouissantes sur notre mode de vie ou des logorrhées décomplexées… Parfois, elle est soutenue par une citation (de Victor Hugo ou du Président Abraham Lincoln pour ne citer qu’eux) ou par le rappel d’un évènement historique, d’une loi européenne…

Pourquoi aucune suite n’a été donnée à ce grand élan démocratique populaire ? Pourquoi seulement 42 % du contenu a été « étudié » par l’Intelligence Artificielle et jamais par des énarques et chair et de sang ? Telles sont les questions qui taraudent en filigrane les spectateurs de Doléances. Si on n’y trouve des propositions iconoclastes ou utopiques, certaines sont riches du bon sens populaire de ceux qui ont les deux pieds dans la terre, les mains dans le travail et la tête dans les dures réalités du quotidien. Travailler toute une vie pour une retraite misérable. Manger des pâtes dès le 15 de chaque mois. Ne pas allumer le chauffage en plein hiver. Payer l’essence ou le diesel pour aller travailler au détriment de l’habillement et des loisirs. Sourire du montant ridicule des aides octroyées par l’Etat pour l’acquisition d’une voiture électrique alors que le reste à charge est indécent pour un smicard… Comme le souligne le metteur en scène Stanislas Roquette, « C’est dans l’encre qui noircit tous ces cahiers que se lit notre désir de faire à nouveau société ensemble. »

Doléances c’est aussi un spectacle qui capte l’attention de tous par son propos et sa forme, qui émeut autant qu’il fait réagir comme éclater de rire la salle à l’écoute des réponses données (en images d’archives) par Emmanuel Macron tant elles sont creuses de sens. On pourrait aisément imaginer son texte écrit par un humoriste. Ah, la parole des politiques, il vaut mieux en rire quand elle est si peu proche des réalités de la majorité des Français. Doléances et réponses de la Présidence sont savamment dosées en nombre comme en durée. Le rythme est enlevé. Le jeu des comédiens est vif, le ton est juste, le propos est pragmatique. Les accessoires et les costumes se pressent à apparaître comme à disparaître sur la scène comme pour mieux exprimer l’urgence de la réaction politique face à l’expression populaire.

Si ces Doléances avaient été considérées d’un autre regard par les élus du peuple, notre actualité sociale et économique d’aujourd’hui aurait-elle été différente ? Question qui interroge au tomber de rideau alors que des tonnerres d’applaudissements s’abattent sur la scène et que les rappels s’enchaînent. Cela mérite 5 cœurs et bien plus.


Le regard d’Isabelle

DOLEANCES. LA FABLE DE L’ECOUTE

Théâtre de l’Opprimé – 78/80 rue du Charolais – Paris 12e

Mardi 23 et mercredi 24 juin 2026 à 20h30

&

Théâtre du Train Bleu – 40 rue Paul Saïn – Avignon

Du 4 au 23 juillet 2026 à 14h20 – Relâches les 10 et 17


Tournée 2026-27 (calendrier en cours de construction)

– 17 décembre 2026 à la Maison de la Culture d’Amiens
– 18 février 2027 à l’Université de Lille
– 2 mars 2027 à l’Espace Germinal de Fosses
– du 8 au 19 mars 2027 en tournée avec la Comédie de Picardie
– 25 mars 2027 à la Maison des Arts du Léman et au Théâtre de Chartres

Durée : 1h20

Tout Public à partir de 14 ans

Théâtre contemporain

© Pascal Gély

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