FESTIVAL OFF AVIGNON 2026 – DANS L’OMBRE DE JORGE DONN   

♥♥♥ Très jeune, Daniel ressentait en lui ce désir de devenir un grand danseur comme son oncle Jorge Donn. Mais s’il y a rarement deux génies dans une même famille, il est aussi plus facile d’abandonner ses rêves que de les réaliser. Daniel s’éloigne donc de cet univers artistique pour exercer sans inclination particulière une carrière de peintre en bâtiment. Il faut bien travailler pour payer les factures lui rappellera régulièrement sa jeune épouse. Une trentaine d’années plus tard, suites à des rencontres fortuites, sa passion pour la danse reparaît. Une question lancinante à l’esprit lui revient : A-t-il encore le droit de poursuivre ses rêves d’enfant ?

 « Jorge Donn est réellement mon oncle. J’ai appris sa mort par la télévision, au journal de 13h le 1er décembre 1992. Je me suis effondré. Donn a toujours été une sorte de mentor pour moi. Depuis son décès je n’ai eu de cesse de trouver un moyen de lui rendre hommage, de parler de son parcours de vie au plus grand nombre. Lorsque je me suis aperçu que son nom ne se trouvait plus dans le dictionnaire, j’ai eu un choc émotionnel. J’ai donc décidé d’agir et d’écrire cette pièce en collaboration avec Élodie Menant. Nous nous sommes inspirés de ma vie personnelle et de ce que j’ai pu ressentir en étant le neveu de quelqu’un comme lui pour créer le personnage de Daniel et son histoire. […] Je me sentais totalement dans l’ombre de celui que j’admirais. »

Jorge Donn, considéré comme l’un des plus grands danseurs interprètes contemporains du XXe siècle, est premier danseur de l’œuvre chorégraphique de Maurice Béjart pendant plus de trente ans. Dès l’âge de 5 ans, il voue sa vie à la danse, tel un véritable sacerdoce, une évidence vitale.

Dans l’ombre de Jorge Donn est l’hommage intime d’Aliocha Itovich pour son oncle. Il traite parallèlement de la difficulté pour un individu d’être le « neveu de », le charisme de nos anciens pouvant étouffer nos désirs d’expression artistique. Des scènes ancrées dans les difficultés de la vie quotidienne (contingences matérielles, désir d’enfant) contrebalancent avec des temps oniriques illustrés par des apparitions chorégraphiées de Donn (images d’archives projetées ou hologrammes grandeur nature). L’apparition de la trépidante Anna dans sa vie sans entrain permettra aux rêves de l’apprenti – danseur de devenir réalité.

Ce spectacle permet de (re)découvrir la biographie de Jorge Donn, voire pour les non-initiés de mettre un nom sur le danseur principal du Boléro de Maurice Ravel dans le film Les uns et les autres de Claude Lellouch. Parallèlement, il aborde, d’une manière factuelle, le désir irrépressible de vivre ses rêves d’enfant avec ses invariables questionnements, ses incoercibles angoisses, ses invincibles difficultés et ses inéluctables choix. Difficile d’avancer dans l’existence sans accepter une part de risque.

Dans un décor de pans de murs amovibles, à la fois délimitant les espaces de vie et jouant les supports de projection des vidéos de Donn, place est donnée au travail du corps, à l’expression corporelle et à la chorégraphie. Scènes de jeu théâtral, temps d’apprentissage de danse et chorégraphies magnifiées et tours de magie sont accompagnés habilement par la création lumière d’Antonio De Carvalho.

Il est regrettable que le déroulé de la trame soit ralenti par les longueurs d’un texte (d’Aliocha Itovich et Élodie Menant en collaboration avec Julia Dorval) manquant parfois de consistance autant sur la carrière et la vie privée de Donn que sur les hésitations existentielles du jeune Daniel. Le lien des extraits chorégraphiés projetés n’est pas toujours aisément apparent avec le propos énoncé. Le jeu d’Aliocha Itovich, Vanessa Cailhol et Hélène Degy sonne juste ; les chorégraphies d’Olivier Benard pour les deux premiers sont fort bien interprétées.

Dans l’ombre de Jorge Donn, spectacle plus chorégraphique que dramatique, plaira assurément aux admirateurs du danseur comme aux passionnés de danse moderne.  

Le regard d’Isabelle

DANS L’OMBRE DE JORGE DONN

Théâtre La Factory – Roseau Teinturiers – Avignon

Du 3 au 25 juillet 2026 à 16h40 – relâche les 9, 16, 23 juillet

Durée : 1h20

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