
♥♥ Au moment des saluts de Foutue Bergerie, on a applaudi poliment comme toute spectatrice respectueuse du travail et du talent au plateau, mais, soyons franche, le cœur n’y était pas vraiment. La dernière création – très attendue – du génial metteur en scène Pierre Guillois (Bigre, Les Gros patinent bien…) nous laisse cette fois-ci quelque peu au bord du pré. Avec le sentiment d’avoir assisté à un joyeux bordel théâtral qui ne nous finalement ni fait rire, ni ému. Reste la vis comica des comédiens, avec une troupe à l’unisson, emmenée par une Cristiana Reali en parfait contre-emploi, et quelques trouvailles épatantes. Impossible de rester indifférent dans tous les cas.
Foutue Bergerie, c’est d’abord une histoire un peu loufoque d’une famille d’exploitants agricoles, endeuillée par le suicide d’Étienne (Simon Jacquard), l’un de leur fils, traumatisé par son micro-pénis, dû aux pesticides ingérés par sa mère pendant la grossesse. Lucas, son frère, (Kevin Perrot) n’a désormais qu’une trouille, c’est de subir le même sort et s’emploie à prouver le contraire en honorant à qui mieux mieux sa petite amie pas farouche (Mathilde Le Borgne) dans les bottes de foin. Le ton est donné. Pendant que la mère (Cristiana Reali) peine à se remettre de ce drame, le père (Marc Bodnar), tendance extrême droite, s’emploie, nu comme un ver, à clôturer son champ des agressions extérieures. Avant que sa rencontre avec Jamel (Yanis Chikhaoui), un jeune de la cité voisine, ne vienne remettre en cause ses convictions et peut-être davantage. Ajoutez à cela une journaliste aux dents longues (Anna Fournier) qui vient enquêter sur le groupe pétrochimique et deux policiers pas très futès, en charge de l’attaque de pittbuls sur les brebis de l’exploitation. Et pendant que les humains se démènent avec leurs problèmes existentiels, les animaux, eux, ils causent….
Pour raconter ce monde paysan, piègé dans les affres de notre époque, Pierre Guillois fait le choix d’une pièce chorale qui multiplie les histoires et emprunte peut-être à trop de registres. Cela fonctionne souvent au théâtre, mais bizarrement, ici, ça ne prend pas et on s’égare. A la fois drame intime, farce grossière et pièce à enjeu social, « Foutue Bergerie » s’étire beaucoup, navigue finalement entre tout et rien et peine à embarquer dans une vraie histoire et dans une vraie émotion. La faute aussi peut-être à l’écriture des personnages, caricaturale à souhait (l’électeur Marine et le jeune magrébin, la journaliste en recherche de sensationnel, le fils dans la performance sexuelle à outrance..) et la grossiereté assumée mais excessive et souvent gratuite, qui, passé les 15 premières minutes, finit par lasser. « Foutue Bergerie » offre cependant quelques intermèdes savoureux (propres à la signature créative de Pierre Guillois) en offrant la parole aux brebis de la basse-cour, qui ergotent sur le manque d’appétit sexuel du bélier ou sont prises de panique à la vue des « Arabes » et donc d’Aïd. La troupe chorale excelle dans l’exercice, s’en donne à coeur joie, et distille charme et tendresse à ce monde paysan qui aurait mérité quand même un plus bel hommage.
Signé Elisabeth
Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris
Jusqu’au 22 mars 2026
Crédit photos : Martin Argyroglo



