LE CHANT DES LIONS – THÉÂTRE TRISTAN-BERNARD

♥♥♥♥(♥) 1933. Germaine Sablon, l’une des chanteuses les plus populaires de la capitale, se produit dans un cabaret. Dans le public se trouve Joseph Kessel, journaliste, auteur, aviateur et aventurier. Leur coup de foudre est immédiat : une histoire d’une nuit qui se prolongera pendant quatre années, traversée par les tourments d’un homme partagé entre sa passion dévorante pour Germaine et la présence rassurante de Katia, qui l’ancre et l’apaise. Mais la guerre éclate, impose la fuite, l’exil à Toulon, l’entrée en Résistance, puis la clandestinité, jusqu’à Londres et la rencontre avec le général de Gaulle. De cette traversée des dangers et des choix naît un chant, destiné à unir les espoirs d’un peuple en lutte – Le Chant des partisans – qui bouleversera le cours de l’histoire de France.

Le Chant des partisans est né à Londres, en mai 1943, sur une musique d’Anna Marly et les paroles de Joseph Kessel et de Maurice Druon, son neveu. Il fut régulièrement diffusé par la BBC et devint rapidement l’hymne de la Résistance. « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?… »

Si les ouvrages et les articles de Joseph Kessel ont traversé les décennies, la plupart des chansons interprétées par Germaine Sablon sont passées dans l’oubli. Et pourtant, l’un et l’autre ont tant fait pour libérer la France. « Les vrais héros n’existent pas. […] Les héros, seuls, n’existent pas. C’est quand ils se mettent à plusieurs qu’ils se dépassent, partageant une même communauté d’esprit. » (Julien Delpech et Alexandre Foulon, auteurs).

« Le spectacle commence par le silence de Lazare Kessel et s’achève sur la voix vibrante de Germaine Sablon. Entre ces deux instants : un voyage sonore, intime et historique. La mise en scène s’ancre dans l’univers sonore de l’Occupation : radios clandestines, sirènes, bottes, silence, rafales… […] Le décor reste suggestif, jamais réaliste, pour laisser place à l’imaginaire. Les costumes de Corinne Rossi, très réalistes, marquent le contraste entre le glamour parisien et l’austérité de l’exil. » (Charlotte Matzneff, metteuse en scène). La scénographie d’Antoine Milian, la lumière de Moïse Hill, l’accompagnement musical et les bruitages en live de Mehdi Bourayou subliment le tout. 

Julien Delpech et Alexandre Foulon (Les Téméraires) déroulent avec talent l’histoire d’amour entre Joseph Kessel et Germaine Sablon, parallèlement au récit d’un pan de la Résistance lors de la Seconde guerre mondiale. La mise en scène de Charlotte Matzneff (Les Téméraires) occupant le moindre espace du plateau est fluide et impétueuse, sensible et minutieuse, passant d’un lieu à l’autre, d’une époque à l’autre, parfois un peu trop rapidement. Mais lors de cette sombre période de l’histoire, avait-on le temps de s’émouvoir ? Les comédiens – Éric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson, Elodie Colin, Mehdi Bourayou – sont remarquables de sincérité, passant quasiment à vue d’un rôle à l’autre avec justesse. Coup de chapeau à Marina Pangos, élégante Germaine Sablon à la voix tout simplement magnifique.

Une trentenaire assise sur le fauteuil au devant de moi s’est étonnée lorsque son amie lui faisait part que toute l’histoire que venait de nous être contée était véridique : Joseph Kessel, Germaine Sablon, Maurice Druon, Le Chant des partisans… Cela laisse rêveur sur l’inculture de notre jeunesse. Alors que de par le monde, des dirigeants sont de nouveau assoiffés de sang, de haine et de pouvoir, Le Chant des lions nous rappelle que des hommes et des femmes de toutes conditions et de toutes croyances se sont opposés à la barbarie et à l’obscurantisme du nazisme au risque de leur vie pour préserver notre humanité et notre démocratie. Saurons-nous aujourd’hui en faire autant ?

‍Le Chant des lions est émouvant, bouleversant et d’une utilité inestimable. Cela mérite largement le cœur supplémentaire aux quatre habituellement accordés. A voir, à méditer et à transmettre.

Le regard d’Isabelle

LE CHANT DES LIONS

Théâtre Tristan-Bernard
64, rue du Rocher, 75008 Paris
À partir du 17 janvier 2026
Durée : 1 h 30

Crédit / Copyright : © Fabienne Rappeneau

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