LE PROCES D’UNE VIE – AU SPLENDID

♥♥♥♥ Été 1971. Marie-Claire, 16 ans, tombe enceinte et refuse de garder l’enfant, malgré l’interdiction légale de l’avortement. Soutenue par sa mère puis par Lucette, Renée et Micheline, ces femmes mettent tout en œuvre pour l’aider. Mais l’avortement clandestin tourne mal… Automne 1972, toutes se retrouvent poursuivies en justice. L’avocate Gisèle Halimi orchestrera leur défense. Sa plaidoirie au Procès de Bobigny sera un véritable plaidoyer en faveur de la légalisation de l’avortement.

Le procès d’une vie (fiction librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et de l’ouvrage Le procès de Bobigny – Choisir la cause des femmes © Editions Gallimard) nous conte l’histoire de Gisèle, Marie-Claude, Michèle… et de bien d’autres femmes de toutes conditions, de toutes origines, de toutes croyances.

« La honte, la culpabilité et le silence étouffent encore les avortements une cinquantaine d’année plus tard. […] Il est important de donner à entendre et parler des IVG. Pourquoi ? Nous le savons, nous l’entendons, les tabous demeurent, la diabolisation de l’acte dicte encore ses lois, le corps des femmes reste un enjeu politique. Dans certaines grandes démocraties ce droit subit encore des remises en question, des reculs et des chahuts. En France même, il vient se placer au centre des questionnements lors de changement de gouvernement, de campagnes électorales. Il clive et anime les conservateurs. Pourtant l’IVG est un droit à choisir sa grossesse, à disposer de son corps et de sa vie pour une femme. »

Certes, les droits des femmes ont connu de belles avancées grâce aux combats de femmes irréductibles. Pourtant, chaque jour, un grand nombre d’évènements politiques, sociaux et culturelles viennent nous rappeler qu’ils peuvent être remis en question. « Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant. » Tel est le précieux conseil de Simone de Beauvoir, elle-même qui, en avril 1971, est à l’initiative du manifeste publié à la Une du Nouvel Observateur, signé par 343 femmes, célèbres et inconnues, reconnaissant toutes avoir déjà avorté. En octobre 1972, le procès de Bobigny fera grand bruit dans les médias comme dans les intérieurs. Sans la formidable plaidoirie de Gisèle Halimi, pas de loi Simone Veil en 1975 légalisant l’avortement en France.  

Pour nous raconter les faits, Barbara Lamballais et Karina Testa ont fait le choix d’enchevêtrer l’existence des six femmes inculpées pour avortement clandestin et jugées lors du procès historique de Bobigny. Les spectateurs entrent dans leur intimité pour mieux cerner leur chemin de vie, leur personnalité, leurs valeurs et le rôle que chacune à jouer pour que l’avortement de Marie-Claire soit rendu possible. Un fort bel équilibre entre fiction et faits historiques jamais moralisateur, toujours poignant et réaliste.

Dès les premières minutes, le public plonge au chœur du débat : il est à la fois dans la salle de spectacle aujourd’hui et dans les assemblées générales en 1971-1972. Pris à partie, les spectateurs sont les témoins oculaires de tout ce qui se fait et se défait autour d’eux. Rien ne leur est caché de ce qui se joue sur le plateau quasi nu et fractionné en espaces. Parfois, les évènements se superposent, éclairés par la lumière crue des projecteurs.

Le public est pris à témoin dans cette ébullition de déballage des faits, il pourrait dire ‘c’est comme si nous y étions’. Pourtant, il semble devoir rester sur ses gardes : tout peut exploser à tout moment. Le point de justice est si ténu. Va-t-il leur échapper ? Tout est si rapide. Les changements de costumes/rôles. Les circulations entre les différents espaces. Les échanges. « L’écriture adoptant tout du long un rythme cinématographique à l’instar des sténotypies du procès, la mise en scène [de Barbara Lamballais] est syncopée, séquencée et cadencée. » Toute en fluidité et en sobriété. L’écriture de Barbara Lamballais et Karina Testa est réaliste, documentaire, factuelle, militante mais jamais sans émotion. Le jeu des comédiens – Jeanne Arènes – Clotilde Daniault – Maud Forget – Déborah Grall – Karina Testa – Céline Toutain – Julien Urrutia – interpelle par sa justesse et sa véracité, il convainc par son excellence dans les différents rôles enfilés à vive allure. Le tout est d’une intensité rare.

Le procès d’une vie, à voir absolument. Pour notre devoir de mémoire envers ces femmes qui ont osé s’opposer à une loi écrite par des hommes.

Le regard d’Isabelle

LE PROCES D’UNE VIE

Au Splendid

48, rue du Faubourg Saint-Martin – 75010 Paris

Du 14 janvier au 28 juin 2026

Relâche le 5 mars

Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h

Durée 1h20
Tout public, à partir de 13 ans

Crédit / Copyright : © Simon Gosselin

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