WALT. LA FOLIE DISNEY – LUCERNAIRE

♥♥♥ Qui était Walter Elias Disney ? Certainement, l’homme le plus méconnu de la terre. Un nom controversé, adulé, incompris… Coincé entre la vie et l’imaginaire, Walt avait un rêve : marquer l’histoire et offrir ses lettres de noblesse au cartoon. Prêt à tout pour atteindre le sublime, il a frôlé le divin et a touché la folie. Son histoire, comme celle de tous les génies, intrigue et fascine le monde entier. Walt. La folie Disney déroule le processus de création de Blanche-Neige, long, douloureux, semé d’obstacles, dans lequel il s’est engagé avec ses studios, un peu comme on emprunte une voie sans issue, avant de trouver la voie royale.

« Si je suis honnête, je dirais que je travaille sur ce film depuis toujours. Ou plus particulièrement depuis le jour où nous avons déménagé dans la ferme familiale de Marceline, Missouri, j’avais alors 5 ans. C’est là que j’ai reçu de la part de ma tante Margaret ma première boîte de crayons de couleurs, et là encore que mon oncle Edmund m’emmenât dans les bois pour observer les animaux. Pas un jour ne se passe sans que je ne pense aux vaches et leurs si beaux yeux, aux canards si drôles parce qu’ils ont toujours l’air en colère, aux cochons que je montais à califourchon ou à skinny mon porcelet, nourri au biberon, qui me suivait partout. Blanche-Neige s’est nourrie peu à peu des plus belles années de ma vie, Blanche-Neige me colle à la peau. En fait, Blanche-Neige, c’est moi ! » (Extrait de Walt. La folie Disney de Fanny Dupin et Damien Maric).

« Dans cette mise en scène, précise Victoire Berger-Perrin, je souhaite faire coexister deux dimensions essentielles de ce personnage hors du commun. D’un côté, son acharnement au travail et son obsession de la perfection. De l’autre, la puissance poétique de son imaginaire. Seul sur scène, Walt est entouré d’ombres et on imagine son armée d’employés derrière lui, dans une atmosphère studieuse et tendue. Mais il est aussi traversé par des surgissements de fantaisie. La scénographie – un bureau transformable et un miroir sans tain – reflète cette dualité entre réalité et rêve. La lumière, la musique et la danse traduisent cette bascule vers l’enchantement. En filigrane, le temps presse. De 1933 à 1937, les dates défilent, le budget explose. Mais Walt ira jusqu’au bout, guidé par sa foi inébranlable en son œuvre, et il finira par prouver qu’il a eu raison de s’y abandonner. »

Blanche-Neige et les Sept Nains, adapté du conte éponyme des frères Grimm, est le premier long-métrage d’animation des studios Disney. Considéré comme un chef-d’œuvre, il marque une étape dans le septième art par les innovations techniques et artistiques développées pour ce film. Son budget de production phénoménal pour l’époque – 1,48 million de dollars au lieu des 250 000 dollars prévus au budget prévisionnel – fut largement rentabilisé par le succès du film remporté à l’international dès sa sortie.

Clément Vieu est seul en scène « mais multiples pour restituer ce génie aussi captivant que monstrueux, ni noir ni blanc, tout simplement hors norme. » Sans jamais quitter le repaire de son magnifique et ingénieux bureau, il nous embarque sur les chemins de la création de cet éternel classique dans une jolie scénographie Art déco de Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud. Il est absolument remarquable d’un bout à l’autre de la représentation, défiant son frère Roy et les banquiers, hésitant à poursuivre cette aventure sans précédent, houspillant ses équipes, mimant tous les personnages, imaginant les noms des sept nains, esquissant des pas de danse… et repoussant ses relents de souvenirs d’un père violent. Walt Disney ira jusqu’à sacrifier une part de sa vie familiale et de sa propre santé pour arriver au terme de la création de son œuvre. L’originale mise en scène de Victoire Berger-Perrin, mêlant théâtre, théâtre d’ombres, projections, musique, dévoile le portrait intérieur d’un génie en création, bourreau de travail à l’imaginaire débordant.

Walt. La folie Disney peint l’envers de la légende, loin des clichés véhiculés par les dessins animés : la création devient une obsession dévorante pour l’amour du cinéma d’animation. Et si après le Lucernaire, nous nous offrions une séance de Blanche-Neige et les Sept Nains ? C’est certain, la pièce de Fanny Dupin et Damien Maric modifiera de beaucoup notre perception de ce film d’animation.

Le regard d’Isabelle

WALT. LA FOLIE DISNEY

Théâtre Le Lucernaire – 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Jusqu’au 18 janvier 2026
Mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15 h 30
Relâches les 25 décembre 2025 et 1er janvier 2026.
Durée 1 h 10

Crédit photos : Fabienne Rappeneau

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