NOUS, LES HÉROS – THÉÂTRE DES BOUFFES-DU-NORD

♥♥♥ Sept ans après Le Pays lointain, Clément Hervieu-Léger, désormais administrateur général de la Comédie-Française, renoue avec le théâtre de Jean-Luc Lagarce (1957-1995) en adaptant, une pièce relativement méconnue de son répertoire « Nous, les Héros », écrite deux ans avant la mort du dramaturge. Et on y retrouve l’ADN « lagarcien » : pièce chorale, succession de monologues, pas de narration claire. Le sentiment d’écouter, à travers la dynamique de troupe, une seule voix, celle d’un homme qui règle quelque chose avec lui-même, avec les autres, avec la vie. Crispant mais fort, verbeux mais ultra sensible. Confus mais lumineux. Impossible d’être indifférent au théâtre de Lagarce.

Quelque part en Europe, juste avant la chute du mur de Berlin (tel que voulu par C. Hervieu-Léger), « Nous, les Héros » nous plonge dans l’univers d’une troupe de théâtre saltimbanque, qui se produit dans des salles défraîchies, enchaîne les bides et les déconvenues, questionne, se cherche, s’engueule, sans comprendre vraiment le sens de cette vie artiste et nomade. La pièce commence au moment même où le rideau tombe, où les applaudissements ont cessé, et où les comédiens rejoignent la coulisse, amers et déçus, de cette énième représentation ratée. Et l’on comprend d’emblée que Lagarce a puisé le « matériau » du récit dans son histoire personnelle, lui qui dirigea la compagnie « La Roulotte » et dont les pièces (Le Pays lointain, Le Malade Imaginaire) furent refusées par les producteurs et les théâtres. Alors, on parle dans cette troupe, on parle beaucoup, on parle théâtre, interprétations, émotions, les relations amoureuses se nouent et se dénouent, les problèmes matériels refont surface aussi mais, malgré les obstacles et les désillusions, la troupe survit, vit, continue d’exister et le théâtre ne meut jamais. Ultime message d’un dramaturge fou de son art.

Avec sa Compagnie des Petits-Champs, Clément Hervieu-Léger livre une mise en scène longue, verbeuse, complexe, torturée, mais d’une incroyable séduction et d’une incroyable densité. Car il sait diriger les comédiens et a su s’appuyer, comme d’habitude, sur une distribution de très haut vol. Onze comédiens, capables d’insuffler la nervosité nécessaire aux pièces chorales et d’offrir des partitions individuelles d’une parfaite justesse. On ressort fatigué ou ébloui. Ou les deux. Mais forcément admiratif de la direction d’acteurs, absolument etincelante.

Signé Elisabeth

NOUS, LES HÉROS

Théâtre des Bouffes-du-Nord, 37 bis boulevard la Chapelle, 75018 Paris

Du 16 octobre au 1er novembre 2025

Durée du spectacle : 2 heures

Crédit photos : Juliette Parisot

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