
♥♥♥ C’est l’histoire non pas d’une victime de violences sexuelles mais de toutes les victimes, quels que soient leur âge, leur genre, leur classe sociale, leur origine, leur lien avec l’agresseur, qui décident de porter plainte auprès des services de police et d’entamer une procédure judiciaire.
Sur l’initiative de Carole Ventura et avec la collaboration de l’avocate pénaliste au barreau de Bruxelles Caroline Poiré, Classement sans suite expose en première partie la triste réalité des faits et des chiffres sur les violences sexuelles et pédocriminelles. Un implacable réquisitoire pour que justice soit rendue aux victimes d’agressions sexuelles. Un jeu de rôle dangereux pour cinq acteurs qui « jouent » à être victime, agresseur, coupable, justicier ou défenseur. Autour de Griselda, tour à tour victime de tout âge dans toutes les circonstances de viol, et de Vincent, son agresseur coupable qui n’a pas conscience de ce qu’il a fait, interviennent Agnès, militante associative, Rose, porte-parole d’un collectif de soutien et Enzo, l’homme de loi. Les situations s’enchaînent, rapidement, sobrement. Le spectateur est happé par les récits et les restitutions. En seconde partie, les démarches à effectuer par les victimes auprès des associations, de la police et des tribunaux. Entre les deux, la tension monte entre les comédiens révélant leur ressenti lié au réalisme du scénario et aux personnages qu’ils incarnent. Les propos sont violents mais leur sincérité émeut. Nous aurions préféré entendre un débrief autour des données divulguées.
Le tout est une invitation à réfléchir, et surtout à réagir sur ces faits divers qui brisent la vie de trop de victimes empêtrées dans le silence autour de leur agression et l’incompréhension des autorités, de leur entourage, etc.
Propos sans pathos. Émotion contenue. Interprétation excellente (Luca Franceschi, Julie Marichal, Dorothée Schoonooghe/Caroline Poiré, Gregory Nardella/Laurent D’Elia, Carole Ventura/ Floriane Durin). L’écriture percutante et la mise en scène fluide de Luca Franceschi (Le village de l’Allemand) avec ses changements à vue font de Classement sans suite une œuvre utile, accessible, convaincante et passionnante. Plus encore lorsque l’on sait que quasiment toutes les plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite.
Le regard d’Isabelle
Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron 75018 Paris
Du 28 août au 5 octobre 2025 – Du jeudi au samedi à 21 h et les dimanches à 17 h
Durée : 1 h 15
@Mael.Crespo


