LE REPAS DES FAUVES – THÉÂTRE HÉBERTOT

♥♥♥♥ Paris 1942. Sept convives, s’étant plus ou moins bien accommodés à l’Occupation allemande, se retrouvent chez l’un d’eux pour fêter l’anniversaire de leur hôte. La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, lorsqu’au pied de leur immeuble sont abattus deux officiers allemands. En représailles, la Gestapo investit l’immeuble et décide de prendre deux otages par appartement. Mais le commandant Kaubach, qui dirige l’opération, reconnaît en la personne du propriétaire de l’appartement, M. Pélissier, un libraire à qui il achète régulièrement des ouvrages. Soucieux d’entretenir les rapports courtois qu’il a toujours eus avec lui, il décide de les laisser finir leur dîner et de ne passer prendre ses otages qu’au dessert. Mieux : il leur laisse la liberté de choisir eux-mêmes les deux otages qui l’accompagneront. Débute alors Le Repas des fauves, huis clos étonnant où s’écharpent la complexité des sentiments nourris par la peur d’une mort imminente et les nécessaires compromis moraux pour sa propre survie.

Inspirée du roman Le Repas des fauves de Vahé Katcha, l’adaptation théâtrale en tragi-comédie respecte l’esprit de l’œuvre originale et peut difficilement laisser indifférent. La mise en scène de Julien Sibre comme la scénographie de Camille Duchemin sont remarquables pour plonger les spectateurs dans cette sombre page de notre histoire contemporaine. Éléments de décor, jeux de lumières (Jean-François Domingues) et effets sonores contribuent à accentuer le drame qui se joue devant nos yeux. Quant aux comédiens, tous époustouflants de vérité, chacun apporte à son personnage une certaine profondeur, tant de sentiments perplexes les tiraillent pour sauver leur peau à tout prix. Leurs dialogues saisissent par leur naturel et leur spontanéité, confrontant dilemmes éthiques et faiblesses de la nature humaine, sans oublier de surprenantes touches d’humour. Le tout s’accorde dans une magnifique alchimie rendue possible par une parfaite direction d’acteurs.  

Le Repas des fauves, comédie aussi noire qu’humaine montre la complexité des sentiments et des comportements lors de situations de crise, et plus encore lorsque est remise en question sa propre survie. Les spectateurs sont maintenus en permanence sous tension et en haleine d’un bout à l’autre, nul ne pouvant imaginer comment les protagonistes pourront se sortir indemnes de ce sordide huis clos. Au baisser de rideau, chacun a le sentiment d’avoir vécu une expérience immersive riche de sens et d’émotion.

Le Repas des fauves offre un moment de théâtre grave, intense, rare, alternant tension extrême et légèreté morbide à couper le souffle. Aussi féroce que drôle. Le tout est déconcertant et captivant.

Le regard d’Isabelle

LE REPAS DES FAUVES

3 Molières 2011 : Meilleur spectacle du théâtre privé, Meilleure mise en scène, Meilleure adaptation.

Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026
Durée : 1 h 45

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