FRÈRE(S), L’ÉTOFFE D’UN CHEF – THÉÂTRE LEPIC

♥♥♥♥ Maxime et Émile – le petit nerveux et le grand timide, le banlieusard et le petit bourge – ont 15 ans. Ils préparent le CAP cuisine. Tout les oppose mais ils vont devenir très vite inséparables. Leur rencontre est un coup de foudre amical, une bulle qui aide à traverser les épreuves et la dureté de l’apprentissage. Au fil des années, ils deviennent des hommes, découvrent la vie et grimpent une à une les marches glissantes du monde de la restauration. Parallèlement, leur lien s’abîme, rattrapé par la dureté du monde des restaurants gastronomiques. Qu’adviendra-t-il de leur complicité vingt ans après ?

L’amitié décrite et mise en scène par Clément Marchand évolue au fil des ans dans le milieu très masculin de la gastronomie. Tour à tour complices, pudiques, violents, nous assistons à leurs choix, leurs doutes et leurs joies. Leur amitié comme leur volonté de réussir leur vie professionnelle ou personnelle est palpable dans les mots et les silences, dans les élans d’amitié et les coups de poings.

Frère(s), l’étoffe d’un chef, est une peinture documentée, lucide et forte du monde de la gastronomie. Il ne ressemble pas à celui que l’on fantasme sur les réseaux sociaux ou dans les émissions télévisées où nul n’ose évoquer les maltraitances, le racisme, le sexisme, les cadences infernales, les violences endurés pour atteindre le graal. Clément Marchand a vécu de l’intérieur les joies et les affres du métier de « chef ». Beaucoup de ses amis y ont laissé des plumes. Il nous raconte avec tact et émotion leur rêve qui est devenu cauchemar.

La scénographie de Natacha Markoff est épurée. Le décor agencé de grandes briques noires évoque tout à tour un salon bourgeois, une trattoria, un stade de foot… permettant de changer de lieu et d’époque en deux mots et trois déplacements. La lumière de Julien Barrillet sculpte l’espace et les corps pour offrir un écrin poétique à l’histoire. La musique de Patrick Biyik épouse le texte sans jamais l’étouffer. La chorégraphie de Delphine Jungman complète à merveille ce parfait dispositif. Le tout magnifie le parcours émotionnel des deux personnages interprétés avec brio par Guillaume Tagnati et Jean-Baptiste Guinchard.

Frère(s), comme en témoigne Clément Marchand, est « une pièce en forme d’hommage à toutes celles et ceux qui donnent leur vie, leur santé et leur amour pour que d’autres puissent s’asseoir à une table et oublier ce qui les attend dehors. » C’est un texte intense, rythmé d’un bout à l’autre autour d’une thématique originale. À découvrir en plat principal dans vos prochaines sorties théâtrales.  

Le regard d’Isabelle

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