
♥♥ Pour parler de Kermesse, il faut d’abord s’intéresser au collectif La Cabale, dont c’est le deuxième spectacle. Et prendre part au projet artistique de cette jeune compagnie née en 2018, composée d’une dizaine de comédiens, tous originaires « de villages de campagne ou de petites villes côtières », aiment-ils à souligner, où « ils seront berçés davantage par la fête des langoustines que des spectacles de Claude Régy ». Ils se rencontrent au cours Florent et décident de travailler ensemble pour proposer un théâtre qu’ils revendiquent singulier, résolument libre, en rupture avec les conventions. Un théâtre débordant d’énergie, qui joue avec le ridicule, l’absurde, s’autorise tout, ne se laisse pas enfermer dans des cases et invite tous les publics, et notamment « tous ceux qui n’ont jamais poussé les portes d’un théâtre ». Le résultat ? c’est Kermesse, un spectacle inclassable qui lance chaque soir un défi au public : réaliser une chenille tous ensemble en fin de représentation. Et même si la construction du spectacle nous a quelque peu laissé au bord de la route, on salue la générosité et l’originalité de la proposition !
Alors qu’on s’installe tranquillement dans les gradins du théâtre 13, les jeunes comédiens sont déjà sur le plateau, nous attendent en papotant, se font photographier par une spectatrice du premier rang, passent dans le public claquer quelques bises « Moi, c’est Lola, enchantée ». Ok Lola, enchantée, moi c’est Elisabeth, bon spectacle à toi, a t-on envie de lui répondre. Le ton est donné : libre et totalement décomplexé ! Le projet de Kermesse : réaliser une chenille tous ensemble. Le tube de La Bande à Basile Pose les deux pieds en canard, c’est la chenille qui se prépare. Les sourires fleurissent sur les lèvres du public. La danse beauf par excellence, pense-t-on, la séquence ridicule où il faut faire tomber les barrières, laisser de côté le déguisement social. Et pourtant, « la chenille est une danse où des gens qui ne se connaissent pas, se prennent par les épaules, regardent dans le même sens et deviennent un peuple ».
L’occasion pour le collectif La Cabale de questionner notre rapport au ridicule, à travers un spectacle fragmentaire d’une dizaine de saynètes qui illustreront la place de la culture populaire dans notre société, le mépris culturel, la société d’image, la représentation sociale…. Ainsi défileront une parodie du Masque et la Plume, une revisite de l’émission « L’école des fans », la transformation d’un chenille en papillon, la réécriture d’une scène de Juste la fin du monde, de Lagarce… au fil de tableaux plus déjantés les uns que les autres. L’envie et l’engagement sont là, le talent des comédiens, désarmants de naturel et de générosité, également. Seule pêche la construction du spectacle, totalement foutraque, dont on peine à suivre le fil rouge et la cohérence. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Car cette chenille, on va finir par la faire, tous ensemble, épaule contre épaule, sur le plateau, unis dans un moment collectif et ultrafestif ! On sort le sourire aux lèvres et le coeur réjoui par ce spectacle qui ose tout et offre un vrai lâcher-prise. Pas si courant. Bravo à la Cabale et longue route à eux.
Signé Elisabeth
Théâtre 13 – Bibliothèque, 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris
Du 3 au 21 juin 2025
Crédit photos : Dennis Mader




