
♥♥ Le metteur en scène Marcial di Fonzo Bo adapte Dolorosa, la pièce de l’auteure allemande Rebekka Kricheldorf, nouvelle star du théâtre berlinois. Librement inspirée des Trois soeurs de Tchekhov, la pièce questionne les états d’âme d’une fratrie, Micha, Olga et Irina, au fil de trois anniversaires successifs de l’une d’elles. La pièce brosse en creux le portrait d’une génération désenchantée, mal à l’aise dans son époque, incapable d’apporter un sens à leur existence. Un spectacle ambitieux mais inégal.
De nos jours, dans un grand appartement froid, aux allures de galerie d’art contemporain, Irina (Camille Rutherford) fête ses 28 ans. Mais le cœur n’y est pas. Elle ne parvient pas à achever ses études et à se lancer professionnellement. C’est pourtant l’âge des voies à prendre, des choix à faire. Olga (Marie-Sophie Ferdane), la grande soeur éternelle célibataire, ne croit plus en son métier d’enseignante et peine, elle aussi, à se réaliser. La benjamine, Macha (Elsa Guedj), de peur de la solitude, s’est mariée à un homme qu’elle n’aime pas. À leurs côtés, leur frère Andreï, une sorte de trublion (Alexandre Steiger), se pique d’être artiste et s’est uni avec une jeune femme vulgaire, en quête d’ascension sociale (Julie Doucet). Nos trois jeunes bourgeoises sans repères familiaux refont le monde, s’inventent des vies, s’accrochent à leurs rêves, à leurs espoirs. En vain. L’année suivante, Irina fêtera ses 29 ans, puis ses 30 ans. Le temps passe et les désillusions restent. Trois anniversaires ratés en somme.
Pièce d’ambiance, Dolorosa plonge le spectateur dans les méandres psychologiques de cette famille néobourgeoise et dysfonctionnelle, en proie au doute et au désenchantement. Une fois le décor planté – et, de ce point de vue, l’atmosphère générale légèrement décadente est parfaitement rendue, grâce notamment à la beauté pure et simple du décor –, que nous raconte vraiment cette pièce ? Que souhaite-t-elle nous dire au-delà de la quête de sens d’une existence ? On reste un peu en attente parce que la pièce, très (trop ?) verbeuse, ressemble à ses personnages : elle tourne en rond et peine à monter en puissance et en intensité, malgré quelques séquences plus inspirées. Le texte, en partie réécrit, nous chahute. Côté interprétation, c’est inégal, tant le trio féminin est presque « écrasé » par la présence lumineuse de la comédienne, ex-pensionnaire du Français, Marie-Sophie Ferdane, qui campe une Olga perdue, dépressive tentant de donner le change, aussi convaincante dans la cocasserie ou le spleen, la colère ou le désarroi. Elle joue ses gammes avec une belle assurance, offrant une plus large palette que ses deux partenaires, enfermées dans une interprétation plus monocorde et sclérosée. À noter le jeu inspiré de Julie Doucet, dans le rôle de la belle-soeur hystérique et criarde, aux côtés de l’insolent Alexandre Steiger, qui apporte rythme et légèreté à l’ensemble. Mais, in fine, un vague sentiment de vacuité nous a quelque peu envahis.
Signé Elisabeth
Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Jusqu’au 15 mars 2025
Crédit photos : Pascal Gely








