
♥♥ Transformers semblait vouloir nous raconter la rencontre entre un coach de boxe et une jeune novice, le dépassement des corps, les transformations des enveloppes corporelles, la proximité́ des chairs et des sueurs, la violence qui se déploie le temps d’un round et qui se fige dès que la cloche retentit.
Transformers est née d’une commande du Théâtre de la Poudrerie à Sevran : créer un spectacle qui se jouerait aussi bien dans un appartement ou d’autres espaces non équipés. Sa thématique : le corps. Avant l’écriture, Amine Adjina rencontre avec une trentaine d’habitants de Sevran pour se nourrir, principalement des hommes et des femmes pratiquant la boxe anglaise pour mieux approcher ce que la pratique de ce sport avait modifié chez eux qu’ils soient boxeurs ou coachs. Parallèlement, il dirige un groupe d’habitants lors d’un atelier d’écriture autour de la notion du travail et comment les corps pouvaient s’y abîmer. Quel rapport avec les douleurs et les blessures sur un ring ? (Je suis dans l’incapacité de répondre à la question). Puis est venu le temps de l’écriture autour de la boxe anglaise : son imaginaire cinématographique (Rocky, Raging Bull, Champion…), ses monstres sacrés (Mohamed Ali…), les codes du langage du corps sur le ring, le dépassement de soi.
Transformers sur scène. Par une bien longue introduction, le comédien nous rappelle que le rôle qu’il va endosser n’est pas lui, n’est pas son histoire… et que le titre Transformers n’a aucun lien avec le sujet de la pièce qui va nous être représentée. Bref, il insiste (très lourdement) des fois que le public ne connait ni la définition du comédien, ni celle du théâtre. Suit la projection d’un (trop) long extrait d’une scène d’un film avec Stalone ultradramatique. Un petit garçon pleure la mort de son père après un combat, il le secoue, il voudrait qu’il se réveille. Les adultes présents ont le cœur tellement brisé qu’ils sont incapables de lui révéler la triste vérité. Et on regarde pendant des minutes interminables en se demandant si on est venu assister à une séance de cinéma ou à une représentation théâtrale. Quelques paroles des deux comédiens soulignent le bon jeu du garçonnet, puis on repart pour un nouvel extrait d’un autre film avec une nuance : les comédiens doublent grossièrement les acteurs. Ensuite, un nouvel extrait mais là, on n’a plus droit aux images, seulement le texte en vert sur fond noir. On nous le donne à lire. Le coach est si passionné de films américains autour de la boxe qu’il veut absolument nous transmettre ses connaissances à son sujet. Au final, une quinzaine de minutes de projection. Le coach prend enfin en charge l’entraînement de sa jeune élève, entrecoupé de monologues autour des douleurs du corps au travail, de vente ambulante de chocolat et de poupées Barbie… pour finir sur un coup de cœur de l’apprentie boxeuse pour la fille qui l’a totalement défigurée en deux rounds de son premier combat.
Franchement, on n’a pas du tout (mais vraiment pas du tout) apprécié ce texte confus à souhait. À propos, quelle histoire Amine Adjina voulait-il raconter ? La mise en scène d’Émilie Prévosteau occupe le plateau. Son jeu comme celui de Romain Dutheil a bien plus d’éclat. D’où les deux cœurs, un pour chaque comédien. Pour le reste, un véritable imbroglio bien ennuyeux.
Le regard d’Isabelle
Les Plateaux Sauvages
5, rue des Plâtrières – 75020 Paris
Du 8 au 21 janvier 2025
Du lundi au vendredi à 19 h, les samedis à 16 h 30, relâche les dimanches
Puis en tournée…
31 janvier, 1er, 3 et 4 février 2025 : Théâtre 71, Malakoff (92)
27 et 28 mars 2025 : Espace Bernard-Marie Koltès, Metz (57)
7 au 11 avril 2025 : Les Plateaux Sauvages, Paris (75)
Durée : 1 h 30
