STRANO – LE CIRQUE TROTTOLA – LE CENTQUATRE-PARIS

♥♥♥ Un chapiteau rouge comme d’antan et son petit fanion au sommet, une piste de cirque bleu velours éclairée tendrement par des centaines d’ampoules, des gradins serrés en fer à cheval, qui invitent à la conversation avec ses voisins d’un soir. Le cirque Trottola (« toupie » en italien), avec son nouveau spectacle Strano, plonge d’emblée dans l’atmosphère unique des cirques d’hiver du Second Empire, où il fait bon se réchauffer quand il fait froid dehors. Un spectacle tout en tendresse, hors du temps, hors des codes, offert par des artistes qui conjuguent esprit saltimbanque et prouesses circassiennes poétiques.

Lui, c’est Bonaventure Gacon, le clown bourru et gueulard, carrure de bûcheron et barbe rousse hirsute, pas commode dès son entrée en piste. Il nous contera une histoire, l’histoire de lendemains de guerre, de vies fauchées, de batailles inutiles, de désespoir, à la manière d’un Céline et de son Voyage au bout de la nuit. Elle, c’est Titoune, acrobate et trapéziste poids plume, visage fardé de blanc et nez rouge, complice sans paroles de Bonaventure. À leurs côtés, un organiste imperturbable, juché sur une plateforme centrale, et leur complice acrobate (Pierre Le Gouallec en alternance avec Sébastien Brun). À la seconde, on comprend qu’on fera fi de la piste aux étoiles, des sauts de lion dans les cerceaux et des clowns aux grandes chaussures qui trébucheront dans des bassines d’eau, sous les rires des enfants.

Non, le cirque Trottola vous embarque ailleurs, dans un cirque simple, proche, tendre, un cirque à l’économie, où les manivelles coulissent grassement et les câbles couinent. Un cirque où l’on est au plus près des artistes, les yeux rivés à leurs prouesses au bord de la piste et où l’on se laisse emporter dans un univers qui nourrit l’imaginaire. Au fil des tableaux, l’orgue devient terrain de jeu acrobatique, le piano à queue toboggan d’un soir, l’échelle instrument d’équilibriste. Et les artistes forgent un cirque d’artisans, avec son numéro de trapèze en apesanteur, ses portés tout en force, sa parade sur les toits de chapiteau et l’apparition d’un gros lapin qui sort du chapeau, parce qu’on est au cirque… Des numéros bruts, authentiques, qui forcent l’admiration et cultivent la simplicité. À découvrir pour sortir des sentiers battus. À partir de 10 ans.

Signé Elisabeth

STRANO

Le Centquatre-Paris, 5 rue Curial, 75019 Paris
Jusqu’au 21 décembre 2024 puis en tournée.
Crédits photo : Fanchon Bilbille

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