
♥♥♥ Le duo multimoliérisé Christian Hecq-Valérie Lesort s’empare du destin flamboyant et tragique de deux soeurs siamoises pour tisser un spectacle très singulier aux frontières du théâtre, du cabaret et du music-hall. Esthétiquement irréprochable, celui-ci peine néanmoins à trouver son rythme et à dégager une réelle émotion. Restent quelques moments d’éclat et une mise en scène créative à souhait.
Les Sœurs Hilton retracent le parcours de Daisy et Violet Hilton, nées en 1908 au Royaume-Uni, femmes siamoises reliées par le bas de la colonne vertébrale. Enfants illégitimes et abandonnées par leur mère, elles seront adoptées par leur nourrice qui n’aura de projet que d’exploiter leur malformation. D’abord exhibées dans des foires locales, elles rejoindront les scènes de Broadway et feront une jolie carrière dans le music-hall américain (elles resteront célèbres notamment pour leur apparition dans le célèbre film Freaks, de Ted Browning), avant de retomber dans l’oubli et la misère, jusqu’à leur mort en 1969.
Valérie Lesort, qui a signé le texte, questionne dans ce destin unique la différence, l’exploitation du handicap et le droit au respect de l’autre, quel qu’il soit. À travers le prisme de notre fascination pour la « monstruosité » qui nourrit son inspiration, le duo Hecq-Lesort (La Mouche, Le Voyage de Gulliver, 20 000 lieues sous les mers…) construit une représentation superbe plastiquement parlant, mais qui manque de profondeur. Qu’est-ce qui résonnait dans les têtes, les cœurs de ces deux femmes ? Quels sentiments auraient pu les traverser à l’apogée de leur gloire ? Comment ont-elles vécu leur déclin et leur retour à l’oubli à la fin de leur vie ? Nous n’en saurons rien, la pièce ne sonde pas les âmes, ne questionne pas l’intime. Et c’est là le regret d’un spectacle dont il faut par ailleurs saluer la direction artistique, ultraséduisante, inspirée par l’univers circassien, avec ses garçons de piste, son entrée des artistes, ses numéros de magie, son piano bastringue… Sur ce plan, nous sommes transportés loin, sous la houlette du toujours excellent Christian Hecq, drôlissime en nourrice acariâtre ou lanceur de couteaux, aidé de ses complices, le magicien Yann Frisch, Valérie Lesort et Céline Milliat-Baumgartner, dans la peau des sœurs Hilton à chaque étape de leur vie.
Signé Elisabeth
Théâtre des Bouffes-du-Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
Jusqu’au 3 novembre 2024
Crédit photos : Fabrice Robin






