LE CIEL DE NANTES – LA VILLETTE

♥♥♥♥Dans Le Ciel de Nantes, le metteur en scène Christophe Honoré convoque les fantômes du passé pour redonner vie à sa famille dysfonctionnelle. Une pièce chorale en forme d’hommage posthume qui questionne les liens du sang au fil des générations avec une synergie étonnante d’émotions.

Comme décor, une vieille salle de cinéma. Quelques spectateurs assis attendent le démarrage du film. Mais de projection, il n’y en aura pas. Un jeune homme, à deux pas de la salle de projection, prend la parole. Il se présente, il s’appelle Christophe Honoré (Youssouf Abi-Ayad) et veut nous raconter l’histoire de sa famille. Autour de lui, dans ce cinéma de quartier, des morts sur trois générations gravitent autour de lui, étonnamment vivants : sa grand-mère maternelle Odette (Marlène Saldana), mariée à Puig, un réfugié espagnol dont elle aura huit enfants (Harrisson Arevalo) et que le clan familial n’acceptera jamais ; sa mère, l’effacée Marie-Do (Julien Honoré), ses oncles colériques Jacques et Roger (Jean-Charles Clichet et Stéphane Roger), sa tante Claudie qui mettra fin à ses jours (Chiara Mastroianni). Au fil des dialogues et des souvenirs du passé, l’histoire familiale se tisse et se raconte à travers les incompréhensions, les fêlures, les blessures, les regrets, les accidents de la vie, les deuils. Et l’amour profond, en creux, qui unit l’auteur à cette famille avec laquelle il a pris ses distances.

Pour mieux remonter le fil de son histoire, Christophe Honoré fait le choix d’une mise en scène chorale, émaillée de scènes fulgurantes empruntant à toutes les expressions artistiques (théâtre, video, danse, chant), incroyablement subtiles, jouant sur tous les registres émotionnels (cocasserie, drame, drôlerie…), avec une tonalité brute, sans artifice, vivante, qui nous permet de nous immerger dans cette France provinciale et populaire des années 1980 et de certains maux dont elle souffre (chômage, alcoolisme, homophobie, racisme). À la fois doux et puissant, Le Ciel de Nantes est une pièce d’une infinie délicatesse, pudique et impudique, investissant le tragique et le désuet. Comme un cri d’amour et une envie de faire la paix avec un passé douloureux. Une signature théâtrale d’une grande séduction.

Signé Elisabeth

La Villette
211, avenue Jean Jaurès, 75019 Paris (métro Porte de Pantin)
Vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 avril 2024

Crédits photo : Jean-Louis Fernandez

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