REMBRANDT SOUS L’ESCALIER – THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥ Au XVIIe siècle, Rembrandt, jeune peintre solitaire et amant fougueux, devient un génie adulé puis décrié, riche puis misérable, jusqu’à ce que dans son miroir se reflètent les visages de ces vieillards, saints et prophètes, qu’il avait tant aimé peindre à ses débuts dans le grenier-atelier de la maison Van Rijn de Leyde. Le vieil homme assis sous l’escalier, dans la lumière blonde de la fenêtre, c’est Harmen, le père de Rembrandt, meunier de Leyde et mort à l’aube de la carrière flamboyante de son fils. Mais dans le cœur de son fils préféré, il est toujours présent… Au gré des succès et des épreuves de sa vie, Rembrandt rejoint secrètement son père sous l’escalier. Dans le clair-obscur, deux êtres de chair et de sang se révèlent, au son du violon.

Comme un écho au tableau du maître Philosophe en méditation, Barbara Lecompte entrevoit autant la figure d’un vieux sage que Rembrandt âgé. « Descendant sur la pointe des pieds l’escalier en colimaçon du Philosophe, j’ai donc osé m’aventurer sur les terres incandescentes de Rembrandt… », confie-t-elle.

« Cette toile datée de 1632 fait référence au mythe biblique de Tobie qui parvient à redonner la vue à son père, atteint de cécité, grâce à l’intervention de l’Archange Raphaël, explique Elsa Saladin, la metteuse en scène. La symbolique de cette toile serait aussi personnelle pour Rembrandt. Son père, devenu aveugle à la fin de sa vie, est en effet mort deux ans plus tôt. Barbara Lecompte met ainsi en abyme le tableau, à travers un dialogue imaginé entre Rembrandt et son père, une fiction certes, mais basée sur des faits réels. À travers ce texte nous passons donc de l’autre côté du miroir, nous entrons dans l’intimité de l’artiste, son lien à son père. Un homme libre, refusant tout compromis, loin des conventions, traversé par sa passion viscérale de la peinture et confronté aux doutes mais aussi à des tragédies insoutenables. »

Si les détails de la mise en scène d’Elsa Saladin sont soignés (lumières en clair-obscur, musique live au violon d’Isabella Leonarda, contemporaine du peintre…), nous avons ressenti peu d’émotion lors des échanges d’Harmen, le père (Éric Belkheir ) et de Rembrandt, le fils (Christophe Delessart) autour des cheminements artistiques, des épreuves de la vie, des difficultés logistiques et financières. Malgré la poésie du texte, l’interprétation manque de nuances dans le ton et le rythme. Et puis, pourquoi avoir choisi de donner une voix musicale (Consuelo Lepauw au violon) aux deux amours du maître Saskia et Henrike ? Si Barbara Lecompte leur avait donné corps et des répliques, le dialogue père/fils aurait été entrecoupé, son écoute plus aisée, son rythme modifié. Et puisque Rembrandt parle peinture, technique et de la genèse de ses œuvres, pourquoi ne pas donner à les voir au public ?

En somme, on aurait aimé que Rembrandt sorte de sous l’escalier pour nous apparaître en toute intimité et simplicité. Il nous reste les musées pour y (re)découvrir les œuvres du maître de la peinture du XVIIe siècle.

Le regard d’Isabelle

Théâtre de l’Essaïon  
6, rue Pierre-au-Lard – 75004 Paris 
Tous les lundis et mardis à 19 h 00 (relâche mardi 26 mars)
Jusqu’au 11 juin 2024
Durée : 1 h 15


Photos © Laetitia Piccarreta

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