MAQUISARD – THÉÂTRE DE LA HUCHETTE

♥♥ Pierre Debresse, instituteur en province dans les années 1970, écrit des romans historiques. Un jour, il décide d’écrire sur les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, à partir des souvenirs de Gustave Jacques Lièvre. En 1943, son beau-père était receveur des Postes le jour, maquisard au bord de la ligne de démarcation la nuit…

L’histoire familiale de Jean-Philippe Bèche – auteur, interprète et metteur en scène de Maquisard – est celle d’une famille comme les autres qui se retrouve dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de ses recherches, parmi les nombreuses boîtes de photographies et les vieux documents jaunis, Jean-Philippe Bèche découvre une page inconnue de vie de son grand-père : il a été un résistant médaillé dans l’une des régions les plus stratégiques pendant la guerre 39-45, Moulins au bord de la ligne de démarcation. En écrivant pour la scène son histoire, Jean-Philippe Bèche rend hommage à ces hommes et ces femmes qui se sont soulevés un jour pour défendre leur liberté.

En décor, le bureau d’un écrivain. Des livres, des dictionnaires, des lampes à huile, une valise, une caisse en bois, des photographies, des papiers froissés, un tourne-disque… Un seul comédien en scène pour plusieurs personnages (instituteur, résistant, petit garçon juif, collabo…). Les changements de costumes à vue symbolisent les passages d’une période à l’autre, des années 1970 aux années 1940. En introduction, Le Chant des partisans (paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon, interprété par Germaine Sablon, puis Yves Montand) ; en épilogue Le p’tit bal perdu (paroles de Gabrielle Vervaecke, interprété par Juliette Gréco, puis Bourvil).

Le travail d’écriture est recherché, tout comme le soin apporté aux détails du décor et des accessoires. La mise en scène est sobre et intimiste. Pour autant, l’intrigue n’apporte rien de nouveau que l’on ne connaisse déjà sur les faits de résistance autour de la ligne de démarcation. Quant à ses différents atours, ils n’arrivent pas à convaincre. Jean-Philippe Bêche passe d’un rôle à l’autre sans éclat… Et pourtant, après les applaudissements, il en aura des étincelles dans les yeux et dans la voix lorsqu’il partagera avec le public l’origine de son projet et les difficultés rencontrées pour lui donner corps, ses souvenirs d’enfance chez ses grands-parents alors que son grand-père faisait sauter à la dynamite des ponts et des rails et que sa grand-mère s’inquiétait des lendemains.

Maquisard aurait mérité plus de simplicité dans sa conception comme d’un œil extérieur dans la mise en scène. Cela aurait apporté du recul à cette création en solitaire. Jean-Philippe Bêche aurait interprété dans un premier temps le grand-père pour raconter son travail aux Postes, sa vie de famille, son engagement dans la résistance… et ses secrets, ses remords, ses démons. Dans un second temps, il aurait enfilé son propre rôle de petit-fils pour expliquer son projet de création, la découverte du passé de son aïeul, ses grands-parents ne pouvant pas voir un film de guerre autre que La Grande Vadrouille avec Bourvil dont ils étaient de fervents admirateurs. Le tout en émotion véritable.

Le regard d’Isabelle

Théâtre de La Huchette  
23, rue de La Huchette – 75005 Paris
Jusqu’au 6 avril 2024
Tous les samedis à 16 h
Durée : 1 h

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