
♥♥♥ Pierre, jeune musicien, souffre de l’exiguïté de son appartement parisien où il lui est impossible de faire « hurler sa trompette ». Zireg, son ami écrivain, l’invite à venir s’isoler dans sa maison d’enfance à Mostaganem (Algérie) pour se parler, se redécouvrir, rire, s’opposer…
Un homme qui boit rêve toujours d’un homme qui écoute est d’abord une double rencontre… Celle de Kamel Daoud, écrivain et journaliste, (Prix Goncourt du premier roman) et de Denise Chalem, actrice, autrice, metteuse en scène (Grand Prix du Théâtre de l’Académie française et Molière du meilleur spectacle de création française) qui, à partir des chroniques de Kamel Daoud, publiées dans Le Point, a écrit cette pièce qui relate une histoire d’amitié profonde entre un Français, musicien à Paris, et un Algérien, écrivain du Sud, que tout sépare : origine, métier, géographie…, celle d’un comédien exceptionnel, Thibault de Montalembert (Dix pour cent…) et d’un musicien hors norme Ibrahim Maalouf (nommé aux Grammy Awards), qui fait ses débuts comme comédien tout en restant musicien, tous deux accompagnés de Sarah-Jane Sauvegrain (Kaboul Kitchen). Comme le précise Denise Chalem, leur confrontation ne délivre aucune leçon, ne brandit aucune opinion. Leur face-à-face est ancré dans l’expérience du vécu, dans l’avancée combative de l’écriture, dans l’humanité du partage. La pièce laisse entrevoir le cheminement mental obsédant de l’écriture comme dans tout autre création.
Dès les premiers instants, le décor nous emporte sur une plage de Mostaganem. Les deux principaux éléments de décor – un piano et un fauteuil – surprennent à plusieurs égards (que je tais volontairement). Les deux amis se retrouvent dans la maison de l’un d’eux, autour d’une bonne bouteille de vin. D’autres retrouvailles suivront sous le ciel d’Algérie ou de France. Entre deux rencontres, un intermède féminin chanté, dansé ou imploré. Qu’il s’exprime par les mots, les notes ou les mouvements, tous supplient pour la liberté de la femme, la fin de son incessante appartenance à un homme (un père, un frère, un époux, un fils), l’égalité des droits…
Si les propos des deux amis autour des dogmes religieux, des ravages de l’islamisme et de mille questions autour de la décolonisation interpellent, on s’interroge de l’intérêt d’aborder dans leur sillage le Covid et ses aléas. Il y avait tant à dire sur les précédentes thématiques. Parler du confinement et de ses solitudes casse le rythme du propos jusqu’à le ralentir. L’attention du public s’estompe, son esprit s’échappe alors que les propos sur la scène se déroulent encore et encore. Heureusement, la trompette de Ibrahim Maalouf revient pour réveiller les consciences jusqu’au baisser de rideau.
Un homme qui boit rêve toujours d’un homme qui écoute, à découvrir pour le jeu des trois comédiens, le décor et les chroniques de Kamel Daoud.
Le regard d’Isabelle
UN HOMME QUI BOIT REVE TOUJOURS D’UN HOMME QUI L’ECOUTE
Théâtre 13e Art
Place d’Italie – 75013 Paris
Du 27 Février au 31 Mars 2024
Durée annoncée 1 h 30, temps réel 1 h 50



Crédit Photo de Stéphane Rouxel / Kerozen