
♥♥♥♥ Langson, Nord Tonkin, début octobre 1950. Dans le huis clos étouffant d’une vieille demeure coloniale, cinq personnes se retrouvent soudainement projetés dans le tourbillon de l’Histoire, au tournant de cette guerre d’Indochine qui s’annonce bientôt perdue.
Le passé ressurgit, réveillant les tensions enfouies et les questions demeurées sans réponses. Que s’est-il donc passé cinq ans plus tôt, à Saïgon, au Bar de l’Oriental ? Une promesse non tenue, un amour refusé par fidélité à un autre amour, à une cause supérieure, à un enracinement corps et âme dans ce pays si attachant et énigmatique… Au cœur de cette tragédie, Dorothée, à la personnalité complexe et envoûtante, concentre sur elle tous les regards et les enjeux.
Le Bar de l’Oriental convoque le politique et l’intime pour illustrer « un rendez-vous manqué entre deux peuples faits pour se comprendre et s’apprécier. […] À travers Le Bar de l’Oriental, j’ai tenté d’explorer une réalité aux vérités et aux visages divers, confie l’auteur, Jean-Marie Rouart de l’Académie française. J’ai voulu montrer tous les aspects d‘une forme de guerre civile, intérieure et extérieure, entre des protagonistes qui, obligés de se combattre, continuait de s’estimer et même de s’aimer. […] Car bien au-delà des enjeux politiques, de la notion de patriotisme, c’est cette question qui n’a cessé de m’obséder : comment vivre le plus passionnément, mais aussi le plus honnêtement possible, au milieu des aléas d’une histoire cruelle et d’une guerre fratricide. »
Le Bar de l’Oriental « nous plonge dans un contexte à la fois historique et géographique, voire climatique, très spécifique, envoûtant. Faisant écho à la menace que constitue cet ennemi encore invisible et qui approche inéluctablement, la torpeur tropicale annonçant la mousson imminente avive les tensions entre les personnages jusqu’au paroxysme final. Sur le plateau, scénographie, costumes, éclairages et univers sonore se conjuguent de façon sensible pour restituer l’impression de ces paysages, de cette lumière, de cette architecture, de cette ‘‘fin d’un monde’’ à l’atmosphère si particulière » dans laquelle le metteur en scène Géraud Bénech désire que le spectateur se sente immergé.
Les décors, les lumières, la scénographie, les ponctuations musicales, comme la sobre mise en scène, restituent à merveille l’air étouffant du Tonkin, l’emballement des événements politiques, la torpeur des êtres, la fin proche d’une époque. Le jeu des comédien(ne)s – Gaëlle Billaut-Danno, Pierre Deny, Katia Miran, Charles Lelaure en alternance avec Valentin de Carbonnières, Pascal Parmentier et Mai Thành Nam – transmet fidèlement la tension entre les personnages, leurs rancœurs passées et actuelles, leurs pertes d’idéaux et d’espérance.
Le Bar de l’Oriental est un formidable voyage au temps des colonies. Alors que des hommes risquent leur vie pour l’indépendance de leur pays, d’autres se préoccupent de leurs affaires, de leurs amours, de leur avenir.
Le regard d’Isabelle
LE BAR DE L’ORIENTAL
Théâtre Montparnasse
31, rue de la Gaîté – 75014 Paris
Jusqu’au 28 avril 2024
Mercredi, jeudi, vendredi & samedi à 19 h, dimanche à 18 h
Relâche exceptionnelle le dimanche 17 mars 2024
Durée : 1 h 30


