LE CAS LUCIA J. – GYMNASE AUGUSTE RENOIR / DANS LE CADRE DU PARISOFFESTIVAL (THEATRE 14)

♥♥Coup de Théâtre salue l’heureuse initiative de ParisOFFestival : accueillir 42 spectacles déprogrammés au Festival d’Avignon suite à la crise sanitaire et faire revenir le public au théâtre durant l’été, lui qui a été privé de spectacles depuis mars pour les mêmes raisons.

Initialement prévu au Théâtre Artéphile d’Avignon, Le cas Lucia J. (Un feu dans sa tête) nous est proposé par les Compagnies Lacascade & L’envers du Décor.   

Le cas Lucia J. tourne librement autour de la relation entre l’écrivain James Joyce et sa fille Lucia. Elle apprend la danse auprès du chorégraphe Isadora Duncan, entre autres, mais abandonne rapidement cet art alors qu’elle est particulièrement douée. Elle tombe amoureuse du jeune Beckett, assistant de son père, qui la rejette. Débute sa descente aux enfers. Soignée par de nombreux médecins dont Jung, elle sera finalement internée à la demande de son frère aîné suite à une scène d’une extrême violence envers sa mère à laquelle elle voulait attenter à la vie.

Son père, Joyce, le génie littéraire irlandais du moment, s’obstine à reconnaître l’aliénation de sa fille, sans doute « qu’admettre sa folie eut été admettre pour lui-même une psychose latente » (Jung). Aussi, il est persuadé qu’au terme de l’écriture de son œuvre en cours, Finnegans Wake, sa fille Lucia retrouvera pleinement la raison. Selon lui, elle se confond avec son héroïne Anna Livia Plurabella et pense qu’il lui a malencontreusement « allumé un feu dans sa tête ».

La personnalité de Lucia est passionnante : enfant non désiré, rejeté par sa mère, mal-aimé par son frère, adoré par son père auprès duquel elle n’arrive pas à trouver sa place comme dans le monde qui l’entoure. Des bribes de son existence nous sont contées, trop brèves, trop rares et pourtant si précieuses. On aurait apprécié d’en découvrir bien plus pour mieux saisir la détresse, la mélancolie, le mal être de cette jeune femme si tourmentée.

La mise en scène d’Eric Lacascade est sans cesse en mouvement comme pour personnifier le feu qui ronge l’esprit de Lucia. Trop souvent, elle nous découvre sous tous les angles le corps et l’anatomie de Karelle Prugnaud et détourne l’attention du public en le mettant parfois si mal à l’aise qu’il quitte la salle. 

Quant au texte d’Eugène Durif, il se perd dans des fleuves phrasés délirants qui nous confortent dans le fait que Lucia plonge dans la folie au fil du temps écoulé. On en perd le fil et on s’éloigne plus encore des faits existentiels et des blessures de l’âme. Quant aux deux interventions de l’auteur au cours du spectacle, nous avons été plusieurs à nous interroger sur leur intérêt premier : la première pour demander à la comédienne de reprendre une scène. Le texte déjà dit était cru, provoquant, sexuel, outrageant pour certains. Etait-il dans l’intérêt de l’intrigue de le réentendre dans une interprétation ‘‘plus sensuelle, plus charnelle’’ conformément à sa demande ? Absolument pas. Sinon de dévoiler plus encore l’anatomie en mouvement de sa comédienne pour son bon plaisir, on n’a trouvé aucune autre explication.

La seconde fois, il intervient vers la fin du spectacle, il reste une scène à interpréter, il vient la lire, elle n’a pas été montée. Qu’est-ce que cela apporte à l’intrigue, au spectacle, à la scénographie ? Absolument rien sinon que cela casse un rythme.

Néanmoins, si nous n’avons pas apprécié ni l’écriture ni la manière de raconter la vie de Lucia et ses rapports avec son entourage familial, origine même de sa folie, nous avons apprécié la qualité d’interprétation de Karelle Prugnaud à plusieurs égards, comédienne et performeuse de talent. Rien que pour découvrir sa prouesse scénique, Le cas de Lucia J. vaut le détour.

Le regard d’Isabelle

LE CAS LUCIA J. (LE FEU DANS SA TETE)

Programmé dans le cadre de ParisOFFestival au Gymnase Auguste Renoir, 207 rue Raymond Losserand, 75014 Paris. (M° Porte de Vanves).

Les mardi 14 juillet, jeudi 16 juillet et samedi 18 juillet à 14h00.

Durée : 1h15

Informations et réservations : 01 45 45 49 77 – http://www.theatre14.fr

Tarification libre et solidaire.

Pas d’esprit de Festival sans lieu de rencontres. Le Théâtre 14 s’associe au Collectif de la rue Paradol pour créer ensemble un espace de convivialité et d’échanges, dans le respect des normes sanitaires, entre les deux salles du Festival. À mi-chemin entre le Théâtre 14 et le Gymnase Auguste Renoir, le Village Paradol vous reçoit de 11h30 à 21h30 sous ses parasols et l’installation de Patricia Cunha pour vous rafraichir et vous sustenter entre deux spectacles.

 

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