LE QUAI DE OUISTREHAM – THÉÂTRE 14

le.quai.ouistreham.03♥♥♥C’est un témoignage frontal, presque naturaliste, traversé par quelques pointes d’humour, qu’a écrit la journaliste Florence Aubenas en 2010, pour essayer de comprendre la crise de l’intérieur.
À ses côtés, nous plongeons dans le quotidien professionnel des femmes de ménages qu’elle a côtoyées pendant six mois à Caen, prenant l’identité d’une femme divorcée, sans diplôme, sans enfant, déterminée à trouver un emploi coûte que coûte. Des femmes que l’on désigne sous le vocable pudique de « techniciennes de surface ».

L’interprétation sobre, et néanmoins très vivante, de Magali Bonat donne toute sa dimension au texte et nous fait partager les émotions que la journaliste a ressenties face à ces travailleuses de l’ombre qui restent dignes et émouvantes malgré la dureté de leur besogne, la misogynie ambiante et surtout… le mépris et le manque de considération de leur entourage. Les tâches ingrates, les cadences infernales, les horaires décalés, le tout pour un salaire de misère, les conduisent à un épuisement aussi mental que physique. La comédienne, par de simples mimiques ou attitudes, nous fait saisir l’âpreté de leur quotidien.

Ainsi surgissent tour à tour les visages de Marilou, Françoise et les autres – la naïve, la fragile, la grande gueule… – avec leur cortège de peurs, de honte, de rêves, dont Florence Aubenas esquisse le portrait sans pathos, les sortant momentanément de leur anonymat. Nous assistons en direct à leur journée : l’arrivée au petit matin sur le port pour nettoyer le bateau en transit, le ballet aussi exténuant que surréaliste auquel elles doivent se livrer pour atteindre les objectifs assignés. Le tout avec un seul espoir : décrocher le CDI miraculeux qui les fera passer du mode « survie » à une vie « normale ».

La metteuse en scène, Louise Vignaud, a fait preuve de beaucoup de discernement dans le choix des extraits sélectionnés. Elle donne à entendre un discours engagé, qui pointe les conséquences d’un système économique qui broie les individus sans diplôme (mais non sans courage), les condamnant à la précarité perpétuelle. Une situation qui fait écho au mouvement des gilets jaunes, composé d’oubliés de la société essayant de clamer leur détresse…

Hasard du calendrier, un film d’Emmanuel Carrère adapté du livre de Florence Aubenas, avec Juliette Binoche, sortira prochainement sur les écrans. Malheureusement, le sujet est toujours d’actualité.♦

Véronique Tran Vinh

LE QUAI DE OUISTREHAM

Théâtre 14, 20, avenue Marc Sangnier, 75014 Paris (metro Porte de Vanves)

Jusqu’au 14 mars 2020 au théâtre 14 puis tournée en province : 

Le Pied aux Planches, Largentière, 11 mars 2020

Théâtre de la Croix Rousse, Lyon, 19 au 28 mars 2020

Scène nationale de Sète, 31 mars au 4 avril 2020

Crédit photo : Rémi Blasquez

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